Scandale de dopage en Russie : entre les piratages et les morts suspectes, les lanceurs d'alerte craignent pour leur vie

L\'athlète et lanceuse d\'alerte russe Ioulia Stepanova, le 6 juillet 2016, à Amsterdam (Pays-Bas). 
L'athlète et lanceuse d'alerte russe Ioulia Stepanova, le 6 juillet 2016, à Amsterdam (Pays-Bas).  (MICHAEL KAPPELER / AFP)

Lors d'une conférence de presse, lundi, l'athlète russe Ioulia Stepanova et son époux, qui ont permis d'alerter sur le système de dopage d'Etat en Russie, ont affiché leur inquiétude. Francetv info fait le point sur ce qui est arrivé aux personnes liées à ce scandale.

"Je veux que vous sachiez que s’il nous arrive quelque chose, ce ne sera pas un accident." Lors d'une vidéoconférence devant une trentaine de journalistes à travers le monde, Ioulia Stepanova a expliqué à quel point elle craignait pour sa vie, raconte le Monde, lundi 15 août.

Avec son mari, Vitaly Stepanov, l'ancien contrôleur de l'Agence antidopage russe Rusada, cette athlète russe a témoigné dans le documentaire allemand qui a révélé le système de dopage organisé dans l'athlétisme russe. Le couple a décidé de fuir la Russie pour les Etats-Unis, après avoir vécu pendant un temps en Allemagne. Ils ont traversé l'Atlantique car l'Agence mondiale antidopage (AMA) a considéré que ce n'était pas assez sûr pour eux de rester en Europe.

"Si quelqu’un est déterminé à nous faire du mal, il y arrivera"

"Nous essayons de prendre toutes les mesures possibles pour rester en sécurité, raison pour laquelle nous avons déménagé. Nous sommes très inquiets, a affirmé le couple devant les journalistes, comme le relate Le MondeSi quelqu’un est déterminé à nous faire du mal, il y arrivera. Je veux donc répéter que ce ne sera pas un accident s’il nous arrive quelque chose de grave."

Si les Stepanov ont donné une conférence de presse, c'est parce qu'ils vivent dans la peur. Surtout depuis que leurs comptes de messageries électroniques ont été piratés. En plus des e-mails de Ioulia Stepanova, son compte Adams - un portail qui permet aux athlètes de se localiser pour pouvoir être contrôlés en permanence - a aussi été infiltré.

"Quand mon e-mail s’est retrouvé bloqué, on s’est dit que cela pouvait être un accident et on ne s’est pas trop inquiétés, a expliqué Ioulia Stepanova. Mais quand nous avons vu que le compte Adams l’était aussi, cela nous a alertés, car le seul intérêt qu’aurait quelqu’un de pirater votre compte Adams est de découvrir l’endroit où vous habitez."

L'ex-numéro deux de la Rusada victime d'une crise cardiaque

Dans ce scandale international, certaines disparitions mystérieuses ont attiré l'attention de la presse. C'est le cas de Nikita Kamaïev, l'ancien directeur exécutif de la Rusada, retrouvé mort le 14 février. Selon un communiqué de l'Agence antidopage russe, il serait mort d'une crise cardiaque à l'âge de 52 ans, après une sortie en ski de fond dans la périphérie de Moscou, explique le Monde. Le journal souligne que l'homme était pourtant en bonne forme physique.

Quel rôle jouait Nikita Kamaïev dans cette affaire de dopage d'Etat ? L'homme a occupé la place de numéro deux de la Rusada de 2011 à décembre 2015. Il a quitté l'institution après la publication d'un rapport de la commission indépendante de l'Agence mondiale antidopage (AMA) sur le dopage d'Etat en Russie. Le document révèle notamment la mise en place d'un trafic et de destruction d'échantillons et l'implication des services secrets. Nikita Kamaïev avait dénoncé, à l'époque, des "accusations infondées".

"Je veux écrire un livre sur la véritable histoire du dopage en Russie"

Mais il aurait finalement décidé de parler, quelques mois plus tard. Selon le journaliste irlandais David Walsh, connu pour ses enquêtes sur le dopage et notamment sur Lance Armstrong, Nikita Kamaïev serait entré en contact avec lui pour lui proposer d'écrire un livre sur les pratiques russes. Une semaine après la mort du numéro deux de la Rusada, David Walsh révèle le contenu de ces échanges dans le Sunday Times (en anglais et payant).

"Je veux écrire un livre sur la véritable histoire de la pharmacologie du sport et le dopage en Russie depuis 1987, lorsque j’étais jeune scientifique dans un laboratoire secret à l’Institut de médecine du sport de l’URSS, aurait écrit Nikita Kamaïev. J’ai des informations qui n’ont jamais été publiées. Je cherche un coauteur pour travailler sur ce livre… Etes-vous intéressé ?" L'homme aurait expliqué au journaliste détenir de nombreux documents d'archives pour étayer ses propos.

L'ancien patron de l'Agence antidopage russe meurt 10 jours plus tôt

Interrogé par Le Monde, David Walsh tente d'expliquer pourquoi Nikita Kamaiëv a finalement choisi de tout raconter. "Je pense que Kamaïev a d’abord été dans le déni. (...) Mais quand il a compris qu’il allait perdre son boulot à la Rusada et que l’avenir se ferait sans lui, il s’est dit : 'Pourquoi je porterai toute la responsabilité de cela ?'" Le journaliste irlandais ne va pas jusqu'à dire que la mort de Nikita Kamaïev n'est pas naturelle, mais il rappelle qu'il "envisageait de publier un livre très révélateur".

Cette disparition est d'autant plus mystérieuse qu'elle est intervenue seulement dix jours après la mort de Viatcheslav Sinev, l'ancien patron de l'Agence antidopage russe Rusada, entre 2008 à 2010. A l'époque, très peu d'informations avaient été données sur ce décès. La cause de sa mort n'a pas été rendue publique, mais les médias russes ont évoqué, là encore, une crise cardiaque.

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