Pourquoi la France pilote l'enquête sur le scandale de corruption dans l'athlétisme

Le juge Renaud Van Ruymbeke auditionné à l\'Assemblée nationale, le 26 février 2015, par la mission d\'information sur la prescription en matière pénale.
Le juge Renaud Van Ruymbeke auditionné à l'Assemblée nationale, le 26 février 2015, par la mission d'information sur la prescription en matière pénale. (MAXPPP)

Interpol a confié le dossier à la France et l'affaire est instruite par trois juges du pôle financier de Paris.

Des révélations explosives. L'Agence mondiale antidopage (AMA) a publié lundi 9 novembre à Genève un rapport accablant sur le scandale de corruption qui frappe la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) autour du dopage. 

La Russie, son gouvernement, ses athlètes et leur "culture profondément enracinée de la tricherie" sont cloués au pilori, mais le document de l'AMA précise aussi que le "dopage organisé" concerne d'autres pays et d'autres sports, sans donner davantage de précisions. L'enquête va donc prendre une ampleur mondiale. Elle sera coordonnée par Interpol et pilotée par la France. Pourquoi ce rôle moteur de notre pays ?

Parce que la commission indépendante de l'AMA est basée à Lyon

Créée en décembre 2014, après les premières révélations de la chaîne allemande ARD sur le dopage et la corruption organisés dans l’athlétisme russe, une commission indépendante de l’Agence mondiale antidopage basée à Lyon enquête depuis près d’un an sur cette affaire. C'est elle qui a engrangé les premiers éléments. C'est elle, surtout, qui les a transmis à la justice.

Parce que la corruption serait passée par la France

Début août, explique Le Parisien,"un rapport de la commission indépendante de l'agence antidopage atterrit sur le bureau de la procureur Eliane Houlette, au premier étage du pôle économique et financier, situé boulevard des Italiens à Paris".

Plusieurs membres de la Fédération internationale d'athlétisme sont soupçonnés de corruption et de blanchiment, et l'enquête est confiée à l'Office central de lutte contre les infractions financières et fiscales. Car les soupçons "sont vite étayés après l'identification de flux d'argent suspects transitant par la France", écrit Le Parisien. L'instruction est confiée à trois juges du pôle financier, Renaud Van Ruymbeke, Charlotte Bilger et Stéphanie Tacheau.

Début novembre, le siège de l'IAAF à Monaco est perquisitionné, sur ordre du juge Renaud Van Ruymbeke, comme le révèlent Mediapart et Lyon Capitale. Mercredi 4 novembre, l’ancien patron de l'IAAF en poste jusqu’en août 2015, le Sénégalais Lamine Diack, est mis en examen par la justice française pour corruption passive et blanchiment aggravé. Il est soupçonné, selon l’agence Associated Press, d'avoir touché au minimum 200 000 euros de la Fédération russe d’athlétisme pour couvrir des faits de dopage.

Parce qu'un médecin français est au cœur de l'enquête

Autre élément pointant vers des agissements suspects dans l'Hexagone : le médecin français Gabriel Dollé, ancien responsable de la lutte antidopage à l'IAAF, a été mis en examen pour corruption passive début novembre. Il est soupçonné d'avoir touché plusieurs dizaines de milliers d'euros pour fermer les yeux sur des cas de dopage. Selon des révélations de L'Express mardi 10 novembre, la police aurait saisi 87 000 euros à son domicile, dans le sud de la France. "Au total, Gabriel Dollé aurait perçu au moins 190 000 euros pour fermer les yeux sur certains cas de dopage scientifiquement établis", affirme l'hebdomadaire.

Tout ce travail a permis d'étayer le rapport rendu public à Genève lundi 9 novembre. Dont acte : Interpol a confié à Paris le pilotage du dossier. Les autorités françaises ont décidé d'ouvrir une enquête internationale sous la direction du juge d'instruction Renaud Van Ruymbeke, "sur des accusations faisant notamment état de corruption active et passive, de blanchiment de fonds et d'association de malfaiteurs", a précisé l'organisation policière.