JO 2016 : à qui va profiter la suspension (partielle) de la Russie ?

Les médaillés olympiques russes de retour de Londres posent à l\'aéroport de Sheremetyevo, à Moscou (Russie), le 13 août 2012.
Les médaillés olympiques russes de retour de Londres posent à l'aéroport de Sheremetyevo, à Moscou (Russie), le 13 août 2012. (ANTON DENISOV / RIA NOVOSTI)

La Russie est amputée d'un tiers de sa délégation, bannie des compétitions d'athlétisme, d'haltérophilie et de canoë, privée de ses meilleurs éléments en natation… Et cela pourrait faire le bonheur de certains de ses concurrents.

Le Comité international olympique (CIO) a tranché : sur les 389 athlètes russes engagés initialement, seuls 271 pourront bel et bien concourir à Rio, après la mise au jour d'un système étatique de dopage organisé en Russie. Maintenant que les sanctions sont tombées et que 118 athlètes russes sont donc exclus des Jeux, se pose la question cynique : qui va récupérer les médailles promises à la Russie ?

Un boulevard pour les Etats-Unis en athlétisme

La suspension de tous les athlètes russes (sans exception) en athlétisme laisse un trou béant chez les femmes, où le pays trustait les médailles, notamment en demi-fond et dans les lancers. 

Le bannissement total de l'équipe russe ne devrait en revanche guère profiter à l'équipe de France, plutôt forte chez les hommes. On peut malgré tout voir dans l'absence de Sergey Shubenkov, champion du monde en titre sur 110 m haies, une opportunité pour l'un des nombreux talents hexagonaux. Et le bannissement des spécialistes russes du tour de piste peut aussi donner espoir aux relayeuses françaises sur 4x400 m (et leurs finishs foudroyants). 

Seul précédent auquel se raccrocher : les championnats du monde indoor, qui ont eu lieu au printemps à Portland (Etats-Unis) sans la Russie, déjà suspendue. L'Ethiopie y a fait un surprenant deuxième au classement des médailles, loin, très loin derrière les intouchables Américains (5 médailles, contre 23). 

Pas de grand changement en natation

Il est loin le temps d'Alexander Popov, quand le "Tsar" régnait sur les distances courtes du bassin olympique. En 2012, la Russie n'avait décroché que quatre médailles en natation. Et les perspectives s'annoncent encore plus sombres au Brésil : un des médaillés sortants (Mikhail Dovgalyuk) et la petite merveille du papillon Yulia Efimova regarderont les épreuves devant leur poste de télé. Vladimir Morozov, un des favoris parmi les sprinters, a finalement été repêché in extremis après avoir été d'abord suspendu. Ils seront 31 en tout sur le plot de départ à Rio, en attendant le résultat de l'appel de Yulia Efimova. Le site spécialisé Swimming World estime "au mieux" à deux le nombre de médailles auquel la Russie peut prétendre. 

En revanche, aucune nageuse de l'équipe de natation synchronisée russe, qui avait ramené deux médailles d'or des deux épreuves de Londres (et huit médailles d'or aux derniers mondiaux de natation, à Kazan), n'est concernée par la suspension collective. 

L'haltérophilie chamboulée

Dans les autres sports gros pourvoyeurs de médailles pour la Russie, les fédérations internationales se sont montrées tantôt clémentes, tantôt impitoyables. La fédération de judo, dont Vladimir Poutine est président honoraire, a donné son feu vert à la participation des onze athlètes russes retenus. Celle de gymnastique (12 médailles russes en 2012) avait laissé entendre juste après la décision du CIO qu'elle ne voyait aucune raison objective de suspendre les Russes. Celle de canoë-kayak a recalé tous les anciens médaillés.

La fédération de lutte a autorisé 16 des 17 lutteurs russes à concourir. Quant à l'haltérophilie, c'est toute la délégation russe qui est privée de Jeux. Même si quatre haltérophiles russes ont fait appel et attendent encore leur jugement, le visage de cette discipline est d'ores et déjà chamboulé. Avec l'exclusion déjà effective de tous les haltérophiles bulgares, également pour dopage, la hiérarchie de ce sport devrait être bousculée à Rio, en profitant notamment aux Chinois, qui avaient déjà raflé 5 médailles d'or en 2012. Lutte et haltérophilie avaient apporté 17 médailles à la Russie il y a quatre ans.

En aviron, canoë ou pentathlon : une chance pour les petites nations

En aviron, 22 rameurs sur 27 ont été exclus. La Russie ne pourra envoyer qu'un seul équipage. La discipline n'est pas une grosse pourvoyeuse de médailles pour la Russie, et leur absence ne devrait pas bousculer totalement les podiums, mais elle laissera leur chance à de nouveaux équipages originellement non-qualifiés.

Les bateaux manquants seront en effet remplacés, et le "quota" russe reversé à d'autres nations. L'Italie récupère deux quotas, la Grèce et l'Australie un chacune. En canoë-kayak (où les cinq représentants russes ont été exclus), ce sont l'Autriche, l'Allemagne, la Suède et l'Iran qui récupèrent les places vacantes. Idem en pentathlon moderne (le représentant russe et son réserviste étant eux aussi écartés), c'est un Letton qui récupère le quota et qui sera sur la ligne de départ.

Le tableau des médailles bouleversé

Privées des médailles en athlétisme, en natation et en haltérophilie, la Russie risque fort de perdre son statut de troisième nation olympique. D'après les différentes prévisions – certaines se basant sur les résultats passés, d'autres sur le PIB par habitant du pays –, la Russie devrait tourner autour de 60 médailles, dans les mêmes eaux qu'un Royaume-Uni ambitieux, voire qu'une Allemagne revigorée. "Le plus faible total de la Russie depuis qu'elle est devenue un pays indépendant, ce sont les 63 médailles d'Atlanta, estime Simon Gleave, analyste de l'agence de statistiques Gracenote, sur CNN. On s'en rapproche."

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