Xynthia : cinq ans après le drame, "les travaux sont loin d’être finis"

(La moitié des digues abîmées par Xynthia devraient être réparée d'ici 2020 © MaxPPP)

Les mesures prises après la tempête Xynthia il y a cinq ans sont insuffisantes pour éviter un nouveau drame. Ce sont les conclusions d'un rapport des sénateurs François Calvet et Christian Manable. Une nouvelle tempête aurait "les mêmes conséquences".

Si une nouvelle tempête devait toucher la Vendée, "la situation serait la même"  qu’en 2010 a prévenu ce matin sur France Info François Calvet, sénateur Les Républicains. L'élu signe avec son collègue Christian Manable (PS) un rapport sur les mesures post Xynthia. Le constat est sans appel : les mesures sont insuffisantes. Les sénateurs ont travaillé sur trois aspects : la prévision, la prévention et la protection. Dans tous les cas : des "carences"  sont pointées du doigt.  "Quelque chose ne fonctionne pas entre les différents plans : les plans d’urbanisme, les plans contre les risques naturels… ils ne s’emboitent pas et ne permettent pas de faire les travaux de manière efficace ." déplore t-il.

Un problème de financement

Principal mis en cause ? Le financement. Le sénateur Calvet appelle à "dépasser les critères habituels de financement " qui limite l’apport des collectivités et de l’Etat à 80%. "C’est tout à fait impossible pour les communes de faire face à ces travaux " quand il leur reste 20% des coûts à charge. Pire, il prévient : "la baisse des dotations de l’Etat n’est pas encore responsable  mais elle ne va pas arranger les choses" . Ce désengagement serait d’autant plus déplorable que les collectivités territoriales, "confrontées à une accumulation d’outils de plus en plus illisibles " ont besoin d’un appui technique de l’Etat.

Seulement huit km de digue confortés

Depuis Xynthia, les digues cristallisent les peurs. Leur réfection était une priorité. Pourtant, cinq ans après, à peine 10% des travaux ont été réalisés. "Nous sommes allés sur le terrain : à ce jour, sur les 76 kilomètres prévus de réparations de digues, seuls huit ont été réalisés". "32 km sont programmés pour 2015-2016, et 34 km pour 2017-2020. Les choses avancent lentement et les travaux sont loin d’être finis ." Si la tempête se reproduisait, "il y aurait les mêmes conséquences " admet François Calvet. "Les digues ne sont pas surélevées suffisamment." En 2010, "c’était 2m80 d’eau qui se sont déversés sur plus de 600 maisons rasées .

Outre le financement, la restauration des digues est compliquée par des problèmes juridiques : difficile de déterminer à qui elles appartiennent : "parfois il y a des propriétaires privés, il n’y a pas de moyens d’expropriation rapide." 

Même retard pour les repères de crues. 2 000 ont été distribués aux communes par l’Etat. Seuls 495 ont été installés. Pas mieux non plus du côté des sirènes d’alerte. Sur 5 000, seules 2 800 ont été remises en état… elles datent de 1954. Le système d’alerte des maires par sms lui, "est déjà en vigueur, mais il faut voir avec les opérateurs comment l’améliorer pour qu’il fonctionne dans tous les cas ". Les sénateurs préconisent de l’élargir à l’ensemble de la population, comme c’est le cas aux Pays-Bas ou en Israël.

Apprendre à vivre avec le risque

Des efforts "psychologiques" sont également à faire si l’on veut éviter une nouvelle catastrophe. "La culture du risque, ce n’est pas le risque zéro, mais apprendre à vivre avec le risque ." explique le rapport. Il appelle à une véritable prise de conscience : "les phénomènes météorologiques extrêmes sont amenés à se reproduire, et il ne faut plus seulement avoir conscience des risques, mais réaliser des projets de territoire qui les intègrent ". Au micro de France Info, François Calvet insiste : "La culture du risque n’est pas encore bien dans la tête des concitoyens ". 

L'information des habitants comme des conseillers municipaux passe par la mise en place des plans de prévention des risques d’inondation, les "PPRI". Or celui de la Faute-Sur-Mer par exemple, où 29 personnes avaient trouvé la mort en 2010, a été purement et simplement annulé en janvier dernier par le tribunal administratif. Prescrit en 2001, il n’avait jamais été approuvé. A la suite de Xynthia, un nouveau PPRI avait été établi mais depuis le début de l’année donc, plus aucun PPRI ne couvre le territoire de la Faute-sur-Mer. Ces plans sont pourtant "des outils quand il y a une crue pour dire à la population ce qu’elle doit faire. Il y a donc un effort très important à faire ".

"Sur 76 kilomètres de réparation de digues, huit ont été réalisés à ce jour", François Calvet
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