Voile islamique ou travail ? Des femmes face au dilemme

(Radio France)

REPORTAGE | Dès l'entretien d'embauche, les femmes musulmanes pratiquantes le savent, leur voile sera un obstacle. Et après ? Comment faire, comment gérer leur foi et ce qu'elles jugent être une partie de leur identité dans un monde du travail qui, dans sa grande majorité, refuse les signes extérieurs religieux ?

Elles sont jeunes, en début de vie professionnelle et portent le
voile. Certaines du matin au soir y compris sur leur lieu de travail,
d'autres ont fait le choix ou ont été obligées de le réserver à leur vie privée. Dans leur
entreprise, ni leur patron, ni leurs collègues ne savent qu'elles le
portent. Certaines vont jusqu'à cacher totalement le fait d'être
pratiquante.

Asma enlève son voile pour travailler sans hésiter

Asma n'a pas d'état d'âme. Elle sait ce qu'elle veut. Son
expérience dans la vente a été formatrice pour démarrer sa vie professionnelle mais
à 21 ans, elle sait qu'elle veut s'épanouir dans son travail. Ce qu'elle aime,
c'est s'occuper d'enfants.

Elle se verrait bien travailler dans une crèche. Et
pour parvenir à ses fins, la jeune femme sait qu'elle devra enlever le voile
noir sous lequel on devine un chignon
de cheveux épais. Pas question pour elle de rester à la maison ou de faire un
métier qui ne lui plaît pas. Elle sait déjà qu'elle fera des concessions.

Hanane travaille tête nue, la mort dans l'âme

Des concessions, Hanane a l'impression de n'avoir fait que
cela. A 26 ans, cette jeune femme originaire du nord de la France, qui se
définit comme  pas tout à fait ch'ti, mais
pas tout à fait reubeu, continue à chercher un "vrai" travail.
Lorsqu'elle se remémore ses années de galère, l'émotion la gagne. Militante,
engagée, cette femme de gauche est en colère.

Avec ou sans voile, elle a
l'impression d'être rejetée pour tout ce qu'elle est. Au départ, pourtant, elle a
tenté de trouver du travail avec son voile avant de se rendre compte que ce
serait difficile.

 

Elle attend d'avoir assez d'argent pour ouvrir sa propre entreprise. Autant dire
que sans diplôme et sans argent, Hanane va mettre du temps à atteindre son but.

Louisa prête à abandonner sa carrière pour porter le voile

Louisa, elle, a fait de longues études. Passionnée de droit, elle est diplômée de la faculté d'Assas à
Paris à l'université et pour le moment, elle n'a aucun souci à se faire au sujet de son avenir
professionnel. Depuis 6 ans, elle gagne très bien sa vie au sein d'un cabinet de
gestion de biens.

Depuis qu'elle est devenue pratiquante, il y a environ
deux ans, elle trouve que l'attitude de ses collègues et de son patron ont
changé. Pourtant, elle assure s'être bien gardée de parler religion sur son
lieu de travail, Et progressivement, Louisa a senti qu'une distance un froid, une méfiance à son égard quand on a commencé à comprendre qu'elle était musulmane.

Cette distance risque de devenir un immense fossé puisque cette future
maman a décidé de retourner travailler avec son voile au terme de son congé
maternité. Un risque qu'elle assume.  

Louisa fait donc le choix d'abandonner son emploi et
espère devenir peut-être un jour son propre patron. En attendant, son avenir
professionnel est entre parenthèses.

Comme d'autres femmes voilées, le plus simple serait de
rester chez elle ou de garder des enfants. Un emploi qui ne correspond pourtant
pas du tout à son niveau d'études. Mais un sacrifice qu'elle semble prête à
faire. Au grand damne de ses parents qui vivent son attitude comme un retour en
arrière. Elle possède une carrière, des diplômes, un excellent salaire mais
pour garder son voile, tout cela, elle l'abandonne.

Repousser la rencontre avec le monde du travail

D'autres femmes vont encore plus loin en choisissant un
cursus scolaire qui les éloigne le plus possible du moment de la rencontre
avec le monde de l'entreprise. Elles adoptent une stratégie afin de repousser
ce choix le plus tard possible. Comme nous l'explique Fatiha Ajbli, auteur d'une
thèse en sociologie sur "Les Françaises musulmanes face à l'emploi".

 

Rosa laisse le voile de côté pour le moment

Rosa a décidé de ne brusquer personne. Bientôt psychologue
diplomée, elle ne porte pas le voile au travail. A 26
ans cette jeune femme a conscience que le voile cristalise toutes les
peurs et tous les fantasmes autour de l'islam. Elle ne veut pas entrer
dans le
conflit et préfère parier sur l'avenir et sur le temps qui finiront par
apaiser ces tensions.

Cette question du voile est
pourtant loin d'être réglée. Le débat sur un nouveau texte concernant
les signes religieux dans l'entreprise ne fait que commencer. Ou plutôt
depuis les années 90, il se poursuit...

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