Manifestations contre les violences faites aux femmes : "Il est temps que la société passe la seconde et qu'on passe aux actions"

Madeline Da Silva, du collectif citoyen #NousToutes. 
Madeline Da Silva, du collectif citoyen #NousToutes.  (ARNAUD DUMONTIER / MAXPPP)

A la veille de la Journée internationale pour l'élimination des violences faites aux femmes, une cinquantaine de manifestations sont organisées samedi en France pour dire "stop" à ces violences, à l'appel d'un collectif citoyen.

Des milliers de manifestants sont attendus samedi 24 novembre à Paris et dans une cinquantaine de villes françaises pour dire "non" aux violences faites aux femmes. Sur franceinfo, Madeline Da Silva, adjointe au maire des Lilas, militante féministe et co-organisatrice de ces marches, demande un plan d'urgence pour que ces violences s'arrêtent.

franceinfo : Plus d'un an après la vague du mouvement #MeToo, à quoi vont servir concrètement ces manifestations ? Quelles sont les revendications que vous portez aujourd'hui ?

Madeline Da Silva : Ces manifestations ont pour but de dire "stop" et de dénoncer un ras-le-bol des violences sexistes et sexuelles que vivent les femmes dans notre société. Elles sont là pour dire que maintenant il y a une prise de conscience qui doit se faire, après #MeToo, cette vague de témoignages et la libération des oreilles. Les femmes ont toujours parlé, mais là on les a entendues. Mais ce n'est pas pour ça que les violences s'arrêtent. On sait comment il faudrait faire pour que les violences s'arrêtent. Quand il a fallu gérer les morts sur la route, quand il a fallu intervenir sur les morts à cause du tabac, on a su comment faire. En France, on est extrêmement bons pour lutter contre des problèmes sociétaux. Les violences sexistes et sexuelles, c'est pareil. La recette on la connaît, il faut mettre les moyens sur la table, il faut éduquer, former. Des mesures, il en existe plein. Il est temps que la société passe la seconde et qu'on passe aux actions.

Un projet de loi a été adopté début août pour lutter contre ces violences, qui prévoit notamment de verbaliser le harcèlement. Est-ce que cela va dans le bon sens selon vous ?

Il y a des choses qui sont faites et qui sont intelligentes, mais regardons l'ampleur du problème. La question n'est pas de savoir si ce qui est fait est bien, la question est de savoir si c'est suffisant. Et la réponse, est non. Si on veut résoudre ce problème, il faut mettre en place un plan d'urgence et mettre les moyens sur la table. Il n'y a que comme ça qu'on réussira à stopper ces violences. Ce qu'il faut, c'est qu'on puisse mettre en place des grandes campagnes d'information, comme on l'a fait pour la prévention routière. Il faut qu'on mette en place un brevet de non-violence dans les écoles. Il faut former les personnes en contact avec les victimes, dans les domaines de l'éducation, de la santé, la police, la justice. Il faut au minimum doubler le budget des associations. Il faut créer des places d'hébergement pour toutes ces femmes. C'est le plus petit budget de l'Etat, alors qu'on nous répète que c'est "la grande cause". Il y a un problème de cohérence.

Une cinquantaine de rassemblements est prévue en France. Le plus important aura lieu à Paris à partir de 14 heures à l'Opéra. Paris que les "gilets jaunes" ont appelé à bloquer aujourd'hui. Craignez-vous que cette autre manifestation vienne un peu gêner la vôtre ?

On ne craint rien du tout. On a une très belle dynamique. L'an dernier, il y avait à peine 2 000 personnes à Paris et quelques manifestations en France, et personne ne s'inquiétait de si on aurait assez de monde ou si on serait gênés par quiconque. On ne se prononce pas sur d'autres manifestations, quelle que soit leur légitimité. Ce qu'on sait, c'est que cette année on aura des milliers de personnes à Paris et cinquante rassemblements en France. C'est historique et fondamental. Ce sera historique par le nombre et par la fréquentation partout en France. Les syndicats ont appelé pour la première fois à manifester le 24 novembre contre les violences sexistes et sexuelles. On attend une prise de conscience massive des citoyens, car on sait que si électrochoc il y a, on aura une réponse des pouvoirs publics.

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