"Je suis désespérée par la justice" : après la libération de son ex qui a tenté de la tuer, Laura interpelle les autorités

Capture d\'écran d\'un tweet de Laura, du 14 mai 2019. Cette trentenaire est terrorisée par la libération de son ancien conjoint, qui a tenté de l\'assassiner.
Capture d'écran d'un tweet de Laura, du 14 mai 2019. Cette trentenaire est terrorisée par la libération de son ancien conjoint, qui a tenté de l'assassiner. (LAURA01114751 / TWITTER)

L'ex-compagnon de cette femme de 31 ans est mis en examen pour tentative de meurtre depuis avril 2018. Mais il est sorti de détention provisoire le 14 février dernier, et Laura craint pour sa vie et celle de sa fille.

"Je ne sais pas si je vais mourir demain." Laura, 31 ans, a lancé un appel à l'aide sur Twitter, mardi 14 mai. Son ancien conjoint, le père de sa fille, a tenté de la tuer en 2018. En détention provisoire depuis le mois d'avril de cette année-là, il a été remis en liberté le 14 février dernier.

Le dimanche de Pâques, elle a retrouvé devant le domicile de ses parents l'homme avec qui elle a vécu entre 2013 et 2018. Depuis, la trentenaire se sent "comme une bête traquée". Elle dit craindre pour sa vie et celle de sa fille, qui était présente lorsque son ancien compagnon a essayé de "l'étrangler à trois reprises".

Ce dernier a été mis en examen le 18 avril 2018 pour tentative de meurtre et a aussitôt été placé en détention provisoire, précise le parquet de Nanterre (Hauts-de-Seine) à franceinfo. Selon l'avocate de Laura, Nathalie Tomasini, il a fait plusieurs demandes de remise en liberté mais "elles ont été refusées parce que la justice a estimé, notamment au vu des rapports d'expertise, qu'il avait une dangerosité criminologique". "C'est fort, cela signifie qu'il représente un danger pour la société", poursuit l'avocate, connue pour avoir défendu Jacqueline Sauvage.

"On attend le drame"

La fin de l'instruction a été annoncée au début du mois de février 2019 et l'ancien compagnon de Laura a été libéré "le jour de la Saint-Valentin". Une décision qu'elle ne comprend pas. "Je suis désespérée par la justice." Selon la jeune femme, il "n'aurait jamais dû sortir de détention provisoire". "Le contrôle judiciaire, c'est bidon. Il doit être domicilié dans une maison dans le Loiret, or il n'y réside pas : c'est une ruine. Comme je l'ai déjà indiqué, il n'y a même pas l'électricité là-bas", précise-t-elle.

"On attend le drame", s'alarme Laura. D'où sa décision d'exposer sa situation sur Twitter et d'alerter des journalistes, des élus et des membres du gouvernement. Déjà sollicité par courrier, Aurélien Pradié, député Les Républicains du Lot, lui a répondu, assurant avoir écrit à Marlène Schiappa, la secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, et Nicole Belloubet, la ministre de la Justice.

"Laura est terrorisée", signale Nathalie Tomasini, qui espère que la médiatisation de l'affaire va faire réagir les autorités, le gouvernement, et finalement protéger sa cliente. Dans l'idéal, elle voudrait que le cas de Laura devienne un exemple de prévention.

On ne parle des féminicides que lorsqu'ils sont survenus. Là, c'est pour éviter que le drame ne se produise.Nathalie Tomasini, avocate de Lauraà franceinfo

Pour l'avocate, "un contrôle judiciaire, cela ne veut rien dire. Il s'agit simplement de signer des documents pour signifier que l'on est toujours sur le territoire français". Elle préconise un placement sous bracelet électronique de l'ex-conjoint "parce que l'on saurait exactement quelle est sa domiciliation, grâce à un téléphone, une ligne répertoriée, et que s'il sortait d'un certain périmètre, tous les commissariats seraient informés".

Un contrôle judiciaire "strict" et "adapté"

De son côté, le parquet de Nanterre rappelle à franceinfo qu'il est particulièrement sensible au sujet des violences faites aux femmes. Il assure que le contrôle judiciaire auquel est soumis l'ex-conjoint de Laura est "strict" et "adapté". Le parquet ajoute cependant être tout à fait prêt à révoquer ce contrôle judiciaire si des manquements étaient signalés et qu'une telle mesure s'avérait justifiée. "Cela se fait régulièrement", fait-il valoir.

Quant à la demande de téléphone grave danger évoquée par Laura sur Twitter, le parquet indique qu'il n'a toujours pas été saisi d'une telle réclamation. En ce qui concerne le placement sous bracelet électronique souhaité par Laura et son avocate, il fait remarquer que la détention provisoire "doit rester exceptionnelle" et que le bracelet électronique n'est pas une alternative systématique. "Nous ne sommes pas dans une espèce d'attentisme, d'attente du pire", se défend encore le parquetépinglant la méthode de Laura pour alerter sur son cas :

Ce ne sont pas les réseaux sociaux qui saisissent le procureur.Le parquet de Nanterreà franceinfo

Ce procédé, Nathalie Tomasini le cautionne totalement. L'avocate mentionne le cas d'une femme tuée, en avril, par son mari violent qui était placé sous contrôle judiciaire. "Les usages, la façon de faire, Laura s'en moque, lance-t-elle. Les femmes qui respectent à la lettre la loi et les procédures, elles meurent."

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