"J'ai poussé un cri de colère" : jugée en diffamation, la journaliste Sandra Muller à l'origine de #Balancetonporc plaide "la libération de la parole des femmes"

La journaliste Sandra Muller, le 14 mai 2018, à Paris. 
La journaliste Sandra Muller, le 14 mai 2018, à Paris.  (BERTRAND GUAY / AFP)

Sandra Muller avait lancé le hashtag #balancetonporc en octobre 2017 en dénonçant des propos que lui a tenu Eric Brion, l'ex-patron de la chaîne Equidia.

C'est à elle que l'on doit le désormais célèbre hashtag #balancetonporc. La journaliste Sandra Muller comparaissait, mercredi 29 mai, à Paris pour diffamation, poursuivie par Eric Brion, l'ex-patron de la chaîne Equidia, qu'elle avait nommément accusé de harcèlement sexuel.

Assis aux premiers rangs d'une 17ème chambre civile pleine à craquer dès le début du procès, Sandra Muller et Eric Brion ne se regardent pas. C'est la première fois qu'ils se croisent depuis que la journaliste de La Lettre de l'audiovisuel a lancé #balancetonporc, le 13 octobre 2017 à la suite du scandale Weinstein. Elle raconte dans ce tweet des faits qui remontent à 2012, lors d'une soirée à Cannes, en marge du Marché international des programmes de télévision où ils se trouvaient tous deux pour le travail, où Eric Brion lui a tenu ces propos : 

A l'audience, Eric Brion est revenu sur le moment décrit par Sandra Muller. "On se connaît depuis quinze ans. Elle m'attire. Je lui dis : 'Tu m'impressionnes'. Puis : 'Tu es mon type de femme, tu es brune, tu as de gros seins'. Sa réaction est sans équivoque, l'attirance n'est pas réciproque. Je m'éloigne et je fanfaronne : 'C'est dommage, je t'aurais fait jouir toute la nuit'. Le lendemain, je lui envoie un SMS d'excuses."

L'ancien directeur général de la chaîne de télévision Equidia convient avoir eu des mots déplacés mais se défend d'"être un harceleur sexuel". Il explique avoir attaqué Sandra Muller en diffamation car "un autre procès s'est tenu, devant un tribunal un peu spécial, les réseaux sociaux, où il est impossible de se défendre".

Les avocats d'Eric Brion, qui réclament 50 000 euros de dommages et intérêts, se sont attaqués avec virulence à Sandra Muller. Ils ont dénoncé le "mensonge" sur lequel serait basé #balancetonporc, puisqu'Eric Brion "n'est pas un harceleur". "Oui, #balancetonporc est un phénomène superbe, mais à côté de ça, il y a eu de la calomnie, de la rumeur", insiste Me Nicolas Bénoit.

"Hold-up du mouvement #MeToo"

Sandra Muller "est une usurpatrice qui a commis un véritable hold-up du mouvement #MeToo", en usant de "délation, la vraie, la moche, la nominative". 

"Baillonner" la parole

Les avocats de la journaliste, Me François Baroin et Me Francis Szpiner, ont contre-attaqué en invoquant "l'évolution de la société" et la vague inédite de témoignages de femmes dénonçant harcèlement ou agressions qui a suivi le tweet de Sandra Muller. 

Par son initiative, Mme Muller a créé les conditions de la libération de la parole des femmes (...). Elle a donné le courage, elle a ouvert le chemin.Me François Baroin

A leurs yeux, condamner Sandra Muller reviendrait à "bâillonner" cette parole. Sur le plan du droit, ils estiment qu'elle ne peut être condamnée pour diffamation puisqu'Eric Brion a reconnu avoir tenu les propos qu'elle lui impute et qu'elle a donc tweeté "la vérité".

Sandra Muller, qui fait partie des "briseuses de silence" désignées par le magazine Time comme "Personnalités de l'année" 2017, a pris la parole à la fin de l'audience. "J'ai poussé un cri de colère, sans aucune intention de nuire. J'espère que grâce à ce mouvement, on parlera de cri de colère et plus de crise d'hystérie féminine", a-t-elle affirmé.

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