Ce que l'on sait de la mort de Razia, poignardée en pleine rue à Besançon

Un rassemblement est prévu le 2 novembre 2018 à Besançon (Doubs) en mémoire de Razia, une Afghane tuée en pleine rue.
Un rassemblement est prévu le 2 novembre 2018 à Besançon (Doubs) en mémoire de Razia, une Afghane tuée en pleine rue. (PHILIPPE ROY / AFP)

Son mari, principal suspect du meurtre, a été arrêté à l'aéroport d'Athènes, vendredi 2 novembre.

Elle avait 34 ans, s'appelait Razia et était de nationalité afghane. Mardi 30 octobre, cette jeune femme est poignardée à mort en pleine rue, à Besançon (Doubs). Le suspect, en fuite, n'est pas tout de suite identifié, mais très vite les doutes se portent sur son mari, considéré comme le "suspect numéro 1" par les forces de l'ordre. Razia avait déjà porté plainte à plusieurs reprises contre lui et vivait depuis un an dans un foyer pour victimes de violences conjugales. Franceinfo fait le point sur ce que l'on sait de cette affaire. 

La victime a été poignardée en pleine rue, à la mi-journée

Mardi 30 octobre, une femme est poignardée de huit coups de couteau, principalement à la gorge, en pleine rue à Besançon. Les faits se déroulent à midi, dans un quartier à l'ouest de la ville. Son agresseur prend immédiatement la fuite. 

La victime présente "une plaie légère à gauche du cou et une plus importante au niveau droit, qui a sectionné la carotide", explique alors à l'AFP Etienne Manteaux, le procureur de la République de Besançon, qui s'est rendu sur place. L'arme du crime, probablement un couteau pointu, n'a pas été retrouvée, précise France 3 Bourgogne Franche-Comté"Aucun des objets personnels de la victime n'a été volé", assure le procureur, qui écarte, à ce stade, l'hypothèse du crime crapuleux. Une enquête de flagrance est alors ouverte. 

Son mari, "suspect numéro 1", a été arrêté

L'auteur des coups n'est pas identifié tout de suite. Ce n'est que le lendemain que le parquet de Besançon lance un appel à témoins pour retrouver Rafid A, le mari de la victime, un Afghan de 38 ans, soupçonné d'avoir tué son épouse. 

Les policiers recherchent activement le mari de la femme tuée en pleine rue à Besançon, le 30 octobre 2018.
Les policiers recherchent activement le mari de la femme tuée en pleine rue à Besançon, le 30 octobre 2018. (Jean-Louis Saintain/France 3 Franche-Comté)

"L'exploitation d'une caméra de la ville de Besançon a permis de mettre en évidence la présence d'un individu qui suivait la victime (...). L'exploitation plus fine de l'ensemble des moyens de vidéo protection a confirmé qu'il s'agissait de son mari", explique Etienne Manteaux, lors d'une conférence de presse. Rafid A. devient "le suspect numéro 1".

Le suspect est un homme de 38 ans de nationalité afghane, mesurant 1,75 mètres. Il porte un tatouage sur l'épaule droite.Charly Kmyta, chef de la sûreté départementale de Besançon lors d'une conférence de presse

Selon Charly Kmyta, chef de la sûreté départementale de Besançon cité par L'Est Républicain, l'appartement du suspect a été perquisitionné "mais il a visiblement abandonné tous ses lieux de vie habituels". Avait-il préparé sa fuite ? "C'est une possibilité", reconnaît le commissaire. Vendredi, en milieu d'après-midi, Rafid A. a été arrêté à l'aéroport d'Athènes par la police grecque, après la diffusion d'un mandat d'arrêt international.

La victime avait porté plainte plusieurs fois

Agée de 34 ans, Razia était de nationalité afghane et mère de trois enfants de 9, 12 et 16 ans. Les deux plus jeunes font désormais l'objet d'un placement provisoire, décidé par le parquet de Besançon. La jeune femme était logée depuis un an dans un appartement de l'association Solidarité Femmes, qui accompagne les femmes victimes de violences conjugales. Elle avait porté plainte à plusieurs reprises contre son mari : sept fois, selon l'association Solidarité Femmes, trois fois à marseille et quatre à Besançon.

A Marseille, où elle vivait avant d'être exfiltrée par une association à Besançon, elle avait signalé les violences à son encontre et entamé une procédure de divorce, ainsi qu'une démarche d'obtention de titre de séjour. Après avoir demandé le divorce, elle avait obtenu en juillet une ordonnance de protection délivrée par un juge des affaires familiales, interdisant à son mari de l'approcher. Mais celui-ci est parvenu à retrouver sa trace, au printemps, et à la rejoindre. "Les enfants l'ont aperçu lors d'un trajet en bus et ils l'ont signalé à Razia. Ils étaient terrorisés et ne sont pas allés à l'école pendant 3 mois, de peur d'un rapt", selon Christine Perrot, présidente de Solidarité Femmes.

[A l'époque,] le mari a été entendu par la police et laissé en liberté. Notre parole n'a pas suffi parce qu'il manquait des preuves matérielles, mais nous savions que la menace était urgente.Christine Perrot, présidente de l'association Solidarité Femmesà l'AFP

"Une fois que l'ordonnance de protection a été obtenue, la justice aurait dû sévir pour concrétiser la sanction, pour qu'il arrête de la poursuivre", estime cependant Christine Perrot. "Il n'a pas fallu longtemps à ce monsieur pour donner un coup de couteau là où il fallait", s'attriste-t-elle.

Une mobilisation en sa mémoire et en "soutien aux femmes victimes de violences"

A Besançon, l'émoi est important. Plusieurs associations ont ainsi appelé à un rassemblement, vendredi 2 novembre, à 18 heures à Besançon en mémoire de Razia. "C'est un rassemblement pour les gens qui souhaitent manifester leur amitié à Razia ainsi que leur soutien aux femmes victimes de violences et à celles et ceux qui s'en occupent", assure à l'AFP Christine Perrot, de l'association Solidarité Femmes, à l'origine de l'appel. "L'émotion a été violente, très forte. Razia se sentait protégée à Besançon, c'est ce qui scandalise, précise-t-elle auprès de franceinfo."Il y a certainement eu une faille quelque part mais ce n'est pas à nous de dire laquelle".

Sur le pavé d'un place de Besançon, vendredi soir, quelqu'un a déposé la silhouette blanche d'un corps, entourée de bougies, avec un petit bouquet d'oeillets rouges et cette épitaphe: Razia, 34 ans, 3 enfants, assassinée le 30 octobre 2018. "Pourquoi Razia n'a-t-elle pas été entendue ?", "Violences conjugales, ce n'est pas un crime passionnel", ont écrit les manifestants sur des pancartes. "Plus jamais ça", ont-ils aussi scandé dans la nuit, la voix étranglée, certains en larmes avant qu'hommes et femmes entonnent l'Hymne du Mouvement de libération des femmes (MLF).

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