Accueil des victimes de violences conjugales au commissariat : "les chiffres de l'audit me semblent extravagants", réagit la directrice d'une association

Un mur à Toulouse (Haute-Garonne) où est inscrit \"Violence conjugale : 80% de toutes les plaintes sont abandonnées par la police ou la justice\", le 23 novembre 2019 (photo d\'illustration).
Un mur à Toulouse (Haute-Garonne) où est inscrit "Violence conjugale : 80% de toutes les plaintes sont abandonnées par la police ou la justice", le 23 novembre 2019 (photo d'illustration). (ALAIN PITTON / NURPHOTO)

Plus de 90% des victimes de violences conjugales jugent "globalement satisfaisant" leur accueil dans les commissariats et gendarmeries, selon un audit dévoilé par le ministère de l'Intérieur.

Selon un audit dévoilé jeudi 13 février par le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, plus de 90% des victimes de violences conjugales jugent "globalement satisfaisant" leur accueil dans les commissariats et gendarmeries. "Ça ne me semble pas très sérieux", réagit sur franceinfo, Marie Cervetti, directrice de l’association "Une femme un toit", qui gère un centre d’hébergement pour les victimes de violences sexistes et sexuelles à Paris. "Sur le terrain on voit tous les jours des femmes qu’il faut qu’on accompagne parce qu’on n’a pas voulu prendre leur plainte, parce qu’on leur a dit de passer un autre jour", ajoute-t-elle.

Franceinfo : Retrouvez-vous votre quotidien dans ces résultats ?

Marie Cervetti : Pas du tout, ce sont des résultats qui sont très étonnants. C’est une enquête qui a été montée par l’IGPN, donc je ne connais pas son niveau d’impartialité. Par ailleurs, [cette enquête] a été faite sur 400 commissariats avec 635 femmes. Si je compte bien, ça fait un peu moins de deux femmes qui ont été interrogées par commissariat, donc ça ne veut rien dire. Avec ces chiffres on a envie de dire "tout va très bien Madame la marquise" et rentrez chez vous. Il n’est pas possible de présenter des chiffres comme ça. Sur le terrain, on voit tous les jours des femmes que l'on doit accompagner parce qu’on n’a pas voulu prendre leur plainte, parce qu’on leur a dit de passer un autre jour. Je ne sais pas comment cette enquête a été faite, mais a priori ça ne me semble pas très sérieux. Ça me semble extravagant, ou alors on fréquente des victimes qui n’ont pas de bol.

Estimez-vous qu’il y a une prise de conscience au moins de la question ?

Oui, c’est indéniable. On ne peut pas le nier, il y a une vraie prise de conscience. Il y a des commissariats qui ont fait de vraies révolutions sur l’accueil et l’écoute des victimes. Je travaille beaucoup avec les policiers du 3e arrondissement de Paris, que je cite tout le temps. Ce devrait être un commissariat pilote, un exemple.

Qu’est-ce qui fonctionne dans ce commissariat ?

Là-bas, il y a une formation régulière avec un référent brigadier ou une référente brigadière qui est chargé de prendre ce genre de plainte. Il y a une sensibilisation des personnes de l’accueil, qui sont les premières qu’on voit en arrivant. Dans le 3e arrondissement, quand une femme dit qu’elle est victime et qu’elle est un peu gênée, la personne de l’accueil la prend à part et fait en sorte de baisser la voix, pour que tout le monde ne l’entende pas. Il y a une bienveillance a priori sur la femme qui vient porter plainte. Bien sûr, et heureusement, qu’avec tout ce qu’on fait et toutes les bagarres qu’on mène, il y a une prise de conscience. C’est juste sur les chiffres [de cet audit] que ça me semble extravagant.

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