177 agresseurs présumés repérés par le ministère des Sports : "La honte est en train de changer de camp et c'est formidable", se félicite Sarah Abitbol

La championne de patinage artistique, Sarah Abitbol à la Nuit des Étoiles à Belfort, 2013.
La championne de patinage artistique, Sarah Abitbol à la Nuit des Étoiles à Belfort, 2013. (LIONEL VADAM / MAXPPP)

La championne de patinage artistique, qui a brisé le silence avec un livre paru en janvier, estime qu'elle "a été enfin entendue".

Les violences sexuelles dans le sport ont été dénoncées par la championne de patinage artistique Sarah Abitbol dans le livre Un si long silence paru en janvier 2020. Peu de temps après, le ministère des Sports a lancé un plan d'urgence et une cellule d'écoute. Près de 180 personnes ont été mises en cause, selon la ministre des Sports Roxana Maracineanu. "Il ne faut pas avoir honte. Ce ne sont pas nous les fautifs, ce sont les prédateurs", a réagi Sarah Abitbol sur franceinfo jeudi 2 juillet. "La honte est en train de changer de camp et c'est formidable".

franceinfo : Que pensez-vous de l'action du ministère des Sports ?

Sarah Abitbol : J'ai été enfin entendue et ça c'est vraiment formidable. Le ministère a bien pris les choses en main. Beaucoup de personnes se sont plaintes après l'écriture de mon livre. Les langues se délient et c'est une bonne nouvelle. Je suis triste d'apprendre qu'il y a beaucoup de cas, mais je suis satisfaite que ma parole ait été écoutée.

Une quarantaine de fédérations sportives sont concernées par les violences sexuelles. Les victimes avaient peur de parler, mais cela change. Comment l'expliquez-vous ?

La honte est en train de changer de camp et c'est formidable. On a peur, on est dans la honte, on est dans le déni, on a peur de parler, on a peur de l'entourage et c'est ce qui fait qu'on ne parle pas. C'est pour ça que dans mon livre j'explique les conséquences, que c'est la culpabilité qui est en nous qui nous empêche de parler. La honte doit changer de camp. Ce ne sont pas nous, les victimes, qui devons avoir peur et honte mais ce sont les prédateurs qui sont dehors.

Que diriez-vous à quelqu'un qui hésite à dénoncer ces violences ?

Je dirais que briser le silence plus tôt peut aider dans la vie de tous les jours. J'ai mis 30 ans et j'ai encore des défaillances. J'ai encore des problèmes pour voyager, je prends encore des médicaments.

Plus vite on brise le silence, plus vite on vit normalement. Il ne faut pas avoir honte, ne pas avoir peur.Sarah Abitbol, championne de patinage artistiqueà franceinfo

Si on a peur où qu'on se sent honteux, on peut l'écrire parfois c'est plus facile. Il ne faut pas avoir honte. Ce ne sont pas nous les fautifs, ce sont les prédateurs.

Qu'est-ce qui change aujourd'hui par rapport à il y a 20 ans ?

Ces comportements existent encore aujourd'hui mais maintenant les athlètes ou les victimes osent enfin parler et c'est ce qui compte. Mieux veux tard que jamais. Les mentalités ont évolué, la parole s'est libérée et on entend enfin les victimes et on essaie au maximum de protéger la nouvelle génération au sein du ministère des Sports via les fédérations et les clubs.

Didier Gailhaguet, ancien président de la Fédération des sports de glace, que vous accusez d'avoir couvert les agissements de votre entraîneur, attaque en justice le ministère des Sports auquel il réclame quelque 300 000 euros d'indemnisation pour l'avoir traité en "bouc émissaire". Qu'en pensez-vous ?

Il a démissionné, il y a eu beaucoup de pressions médiatiques et il a dû partir. Il demande de l'argent et je trouve ça indécent et honteux d'en arriver là. Je pense qu'à un moment donné, il vaut mieux se faire discret plutôt que de réclamer de l'argent. Sa meilleure défense c'est l'attaque. Il ne m'a jamais appelée et nous ne sommes jamais rentrés en contact.

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