Une Gay Pride parisienne avec Orlando dans toutes les têtes

(La Gay Pride parisienne, en 2015. © Nicolas Messyasz/SIPA)

La Gay Pride a lieu ce samedi à Paris, dans un contexte particulier. C'est la première "marche des fiertés LGBT sous l'état d'urgence, et trois semaines après l'attaque homophobe qui a fait 49 morts à Orlando, aux Etats-Unis.

Des dizaines de milliers de personnes sont attendues cette année encore dans les rues de Paris, entre le Louvre et la Bastille, pour la Gay Pride. Le contexte est lourd, trois semaines après l'attaque d'Orlando, qui a fait 49 morts dans un club gay.

 

Cachés derrière un rideau de velours, dans un coin d'une discothèque parisienne, ils sont une petite vingtaine à enfiler leurs robes de tulle et leurs coiffes Napoléon pour la répétition générale.

Pour la première fois cette année, le Gibus, club gay parisien, a monté son propre char avec d'autres associations. Une scène ambulante de 12 mètres de long, totalement recouverte de blanc, avec DJ et musique techno. Et un spectacle dont le thème résonne avec l'actualité. Andréi est le directeur artistique du Gibus : "On avait pensé çà cette thématique révolution. On va reproduire le tableau de Delacroix, La Liberté guidant le peuple. Et c'est d'autant plus émouvant de reproduire cette scène après les événements d'Orlando."

 

Tayra, avec son imposante robe de tulle et son corset blanc, jouera Marie-Antoinette... et prend son rôle à cœur, malgré l'angoisse : "C'est très délicat cette année, ça aurait pu être à Orlando comme à Paris. Je me dis, on ne sait jamais… mais je ne vais pas rester chez moi pour autant !"

 

Pour Matt, qui a enfilé une coquille à strass par-dessus des collants blancs, le plaisir de se produire une journée entière, sur scène, a finalement été plus fort que la peur. "J'y vais parce que je suis gay. Il faut montrer qu'on n'a pas peur. Au fond de nous, on a peur… Tant pis, on y va, on fait la fête !"

"Ça nous rappelle que l'homophobie est notre principal combat" 

La fête a bien failli tourner court. La Gay Pride a été décalée d'une semaine, déjà, pour ménager les policiers, déjà mobilisés pour l'Euro. Puis le parcours a été raccourci de moitié, 2,5 kilomètres contre les 5 km prévus. Mais hors de question d'annuler pour Christophe Soret. Il dirige plusieurs magazines gay et participe à l'organisation du char : "La préfecture a failli imposer que ce soit annulé et décalé au mois de septembre. S'ils l'avaient annulée, elle se serait organisée. Point final. De toutes manières, on peut se faire aggresser tout le temps. Par un homophobe, par un religieux qui pète un cable, par un mec qui est saoûl… Parce qu'on est gay.  Ç a nous rappelle que l'homophobie est notre principal combat, bien avant le mariage, bien avant le Pacs, bien avant la GPA et la PMA. On doit faire front." 

"Je serai visible mais... en soirée !" 

Le dispositif de sécurité, renforcé cette année, vise surtout à ne décourager les marcheurs. Chaque année, ils sont plusieurs centaines de milliers dans les rues de Paris. Mais certains habitués ont déjà renoncé. A l'image de François, attablé à l'intérieur du Labo, un bar gay du Marais, et pas en terrasse : "Je ne sais pas comment on peut arriver à sécuriser un événement d'une aussi grande ampleur. Je serai visible mais… en soirée ! En soirée et dans les bars, mais pas à la Gay Pride !"

 

Ceux qui tiennent à y aller veulent une fête encore plus folle que d'habitude. Daniel a déjà réservé sa journée : "J'ai habité un an à Orlando, le Pulse, j'ai des souvenirs qui remontent…  Ç a fait froid dans le dos." Ce qu'il souhaite ? "Qu'il n'y ait pas de casseur, qu'il n'y ait personne qui vienne casser du pédé… Foutez-nous la paix."

Olivier, le patron du bar, vivra la Gay Pride derrière le comptoir. Mais il attend aussi un soutien affiché, affirmé, à sa communauté : "Pourquoi pas marquer 'Je suis gay' comme on a marqué ' Je suis Charlie' ou ' Je suis Bruxelles'. Des 'Je suis gay' partout m'intéresseraient beaucoup plus qu'une revendication politique."

 

Pour la Gay Pride parisienne, les marcheurs sont invités à porter un brassard noir. Et sur le char tout blanc du Gibus sera accroché le symbole hommage à Orlando, une boucle qui le drapeau américain se transforme en drapeau arc-en-ciel.