"Un bon animal répond à des notions de beauté"

Albert Merlet et son troupeau de charolaises
Albert Merlet et son troupeau de charolaises (© Henri BATIOT)

Albert Merlet, éleveur et président de la fédération des organismes de sélection de races animales (France UPRa)

Albert Merlet, éleveur et président de la fédération des organismes de sélection de races animales (France UPRa)Albert Merlet, éleveur et président de la fédération des organismes de sélection de races animales (France UPRa)

A quelques jours de l'ouverture du 46è Salon international de l'agriculture, vitrine des meilleures races d'animaux d'élevage du monde, nous avons souhaité donner la parole à un éleveur-sélectionneur de vaches charolaises, pour en savoir un peu plus sur les critères de sélection des animaux en compétition.

Quels sont les critères de sélection que vous appliquez ?
En tant que sélectionneur je cherche à améliorer la génétique. Pour cela les sélectionneurs utilisent l'indexation. Cela signifie que l'on contrôle les performances en termes de qualité, de quantité, de croissance journalière, de développement des muscles et de squelette.

Un bon animal est-il seulement un animal productif ?
C'est effectivement ce que pensent les mauvais agriculteurs. Un bon animal répond avant tout à des notions de beauté. Il doit bien marcher, avoir un port de tête fier, un dos droit, le poil impeccable et être propre. C'est ça, un bel animal.

Comment sont élevées, soignées et alimentées les vaches de concours ?
Elles doivent vivre en plein air et dormir sur l'herbe. Il leur faut également un espace vital bien précis qui est réglementé, bien que la traite les enferme deux fois par jour. Quant à l'alimentation, il s'agit de produits de la ferme. De l'enfilage d'herbe (de l'herbe mise en silo, ndlr), de l'enfilage de maïs, du foin et un complément d'aliments concentrés auquel on ajoute des protéines telles que le soja importé du Brésil.

Ca doit coûter cher tout ça, non ?
Effectivement, ça coûte très cher. Un kilo d'aliments concentrés -céréales plus soja- coûte 3 euros. C'est un métier très dur vous savez. Après les crises multiples les mauvais éleveurs ont disparu.

Vous êtes sûr ?
Oui. Il y a une réglementation européenne qui oblige à faire les choses bien. Il y a des cahiers des charges à respecter. Vous pouvez tout trouver sur le site du ministère de l'Agriculture ( Site du ministère de l'Agriculture). Si on ne respecte pas ça, c'est la prison. Cela marque bien une différence avec la situation d'il y a 7, 8 ans et des craintes liées à la maladie de la vache folle.

Quelles sont pour vous les conséquences du contexte économique actuel ?
L'éleveur est étranglé. Les prix de revient des matières premières augmentent tandis que les prix de vente baissent. A terme, si cette logique se poursuit, on risque de devoir importer ces produits de l'étranger. Ce qui coûtera plus cher. C'est un phénomène qui s'est accru depuis début 2008 et on ne sait pas pourquoi. Si les plus-values ne sont pas mieux réparties, les agriculteurs vont se décourager et on manquera de main d'oeuvre. Et si le métier ne rapporte pas assez, les jeunes générations s'en détourneront. Heureusement, le ministère de l'Agriculture a mis en place un observatoire pour étudier les prix et la répartition des plus-values.

Pourriez-vous présenter le travail de la Fédération France UPRa Sélection ?
Il existe un organisme de sélection pour chaque race composé de tous les acteurs de terrain: techniciens, agriculteurs et distributeurs, qui déterminent les choix génétiques. Et pour gérer tous les organismes de sélection il y a un organisme national: UPRa Sélection, qui va devenir "Races de France -Fédération des organismes de sélection-" lors du Salon.

A quoi sert le Salon selon vous à part présenter des animaux de qualité ?
Depuis l'épidémie de vache folle, ce salon sert à rassurer les consommateurs, c'est devenu un de ses rôles premiers. Mais il sert aussi aux échanges entre éleveurs et consommateurs. Ce sont des éleveurs qui vendent de la génétique. De fait ils cherchent à se faire des contacts et une certaine notoriété, pour leurs animaux mais aussi personnelle, grâce aux nombreux concours.

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