Vitesse, accidents, stationnement... La trottinette est-elle passée d'engin ludique à danger public ?

Une trottinette sur la chaussée à Marseille, le 24 mai 2019. 
Une trottinette sur la chaussée à Marseille, le 24 mai 2019.  (MAXPPP)

Un homme de 25 ans qui circulait sur une trottinette électrique à Paris est mort lundi après une collision avec un camion.

Un accident de trottinette a fait un mort à Paris, lundi 10 juin dans le 18e arrondissement. Un jeune homme qui circulait sur une trottinette électrique a été percuté par un camion. Au total dans la capitale, quelque 15 000 bolides seraient aujourd'hui en circulation et leur nombre pourrait tripler d'ici à la fin de l'année, selon les estimations de la mairie de Paris. 

Très maniables, elles ont été rapidement adoptées... mais les usagers débordent sur les trottoirs et les espaces dédiés aux piétons, ce qui n'est pas sans accidents. Quels sont les risques ? Comment prévenir les accidents ? Franceinfo donne la parole aux médecins. 

Combien d'accidents sont attribués aux trottinettes électriques ?

Difficile de réponse à cette question. En effet, en dehors de cet accident, aucun décompte national n'est disponible pour cette année. A Paris, la préfecture de police ne comptabilise pas les accidents de trottinettes à part : ils sont inclus dans un chiffre incluant également les accidents de rollers et de skateboards. A la Sécurité routière, une nouvelle catégorie a été créée en janvier 2018 dans le fichier de statistiques des accidents de la route. Pour l'année dernière, une seule mort par trottinette électrique a été comptabilisée. Aucun chiffre n'a été communiqué sur le nombre de blessés car "les données se limitent au recueil effectué par les forces de l'ordre" lorsqu'elles sont mobilisées sur des accidents de la route, précise la Sécurité routière.  

Du côté médical, il n'y a pas non plus de décompte global du nombre de blessés par trottinettes électriques. Tout dépend des établissements et des expériences des soignants. Le professeur Marc-Antoine Rousseau est chef de service de chirurgie orthopédique et traumatologique, à l'hôpital Bichat et à l'hôpital Beaujon à Paris, qui accueillent respectivement 80 000 et 30 000 personnes aux urgences chaque année. Interrogé à ce sujet par franceinfo, il considère avoir "environ trois entrées par semaine en ce qui concerne les trottinettes" et avoir recensé "dix patients graves par entrées spécialisées [hélicoportage ou en ambulances] sur les six derniers mois". C'est bien moins que son confrère à l'hôpital Saint-Antoine, Alain Sautet, qui estime dans L'Obs voir "une quarantaine de personnes chaque semaine qui passent aux urgences pour un accident de trottinette." 

De son côté, un interne aux urgences dans un troisième hôpital de la capitale, contacté par franceinfo, assure que "sur 24 heures passées aux urgences où [il] travaille, entre 5 et 10 accidents sont dûs aux trottinettes". Selon lui, ce chiffre est "certainement minoré par rapport à la réalité" car il n'a pas connaissance des cas dont s'occupent ses collègues présents sur le même site.

La trottinette provoque-t-elle des blessures particulièrement graves ? 

"Ce n'est pas exclusivement de la bobologie, il peut y avoir des traumatismes lourds, pour soi et pour les autres", alerte le professeur Marc-Antoine Rousseau. En plus de fractures du poignets et du coude, le chirurgien évoque des traumatismes crâniens et du rachis cervical, avant de préciser que "la vie n'est plus tout à fait comme avant, avec ce type de lésions". De son côté, le professeur Alain Sautet affirme à L'Obs s'être occupé d'un patient présentant une fracture de la rotule et une fracture du plateau tibial, c'est-à-dire un enfoncement du cartilage articulaire. Les deux chirurgiens indiquent que les blessures traumatiques sont similaires à celles qui adviennent aux utilisateurs de scooters, motos ou vélos. 

"On a des études qui montrent que les accidents de trottinettes électriques ont bondi de 23% sur un an, avec énormément de blessures qui touchent la tête", renchérit auprès de France Bleu Paris Michel Le Gall, orthodontiste et membre de la Fédération française d'orthodontie. "Les niveaux des protections ne sont pas en accord avec la vitesse de ces trottinettes. Le bas du visage n'est pas protégé", prévient-il en insistant sur une recrudescence d'accidents chez les adolescents et les enfants de 6 à 11 ans. 

Au-delà des utilisateurs de ces engins, les accidents concernent aussi les piétons. Ces derniers jours, plusieurs ont ainsi défrayé la chronique : le 20 mai, une femme et sa petite fille âgée de sept semaines ont été percutées dans le 17e arrondissement de Paris par une trottinette électrique. Trois jours plus tôt, une pianiste de l'Opéra de Paris a été renversée par une trottinette devant la Canopée des Halles. Elle s'en est sortie avec une double fracture et un arrachement osseux. "J'ai peur de ne jamais pouvoir rejouer comme avant", a confié l'artiste. 

Que recommandent les médecins ? 

Face à ces accidents, les soignants plaident pour des mesures visant à encadrer les pratiques. "Il faut qu'il y ait une anticipation, parce que ça peut, potentiellement, être grave", alerte le chirurgien Marc-Antoine Rousseau. En plus de l'interdiction de circuler sur les trottoirs, comme annoncé par la maire de Paris, le chirurgien souhaite que le Code de la route s'applique aux utilisateurs de trottinettes électriques pour qu'ils aient de meilleurs réflexes : en roulant à "25 km/h, il y a beaucoup d'inertie. C'est suffisant pour créer un traumatisme sévère, on ne peut pas anticiper sur les réflexes sans règles", développe-t-il à franceinfo. 

La régulation des trottinettes électriques est d'ailleurs inscrite au programme de la loi d'orientation des mobilités, débattue depuis le 3 juin à l'Assemblée nationale. Pour mieux partager les voies publiques, des "autorités organisatrices de la mobilité" pourront être nommées pour "coordonner les modes de déplacement" et réguler ces déplacements en libre-service. Le gouvernement s'est aussi engagé à interdire, par décret, l'utilisation de la trottinette électrique aux enfants de moins de 12 ans. Marc-Antoine Rousseau souligne le "côté enfantin dans la trottinette qui n'engage que soi, ce qui fait qu'on improvise et qu'on l'utilise directement sans protection alors qu'on roule à 25 k/h." Un amendement soutenu par La République en marche propose, en ce sens, de rendre le casque obligatoire. Le port du casque "sera recommandé", a annoncé Anne Hidalgo jeudi, souhaitant que les mesures annoncées soient en vigueur "dès début juillet".

Certaines villes sont d'ores et déjà passées à l'action pour réguler ce mode de transports qui "pose plusieurs problèmes", selon le Conseil de Paris. Avant même la conférence de presse organisée par Anne Hidalgo, jeudi, la mairie de Paris avait décidé de verbaliser de 135 euros d'amende les conducteurs circulant sur les trottoirs. Par ailleurs, 2 500 nouvelles places de stationnement avaient été annoncées.

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