Trois questions pour comprendre la colère des patrons d'auto-écoles

Des auto-écoles manifestant à Paris, le 18 avril 2017.
Des auto-écoles manifestant à Paris, le 18 avril 2017. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Ils se mobilisent, mardi, dans plusieurs villes de France pour dénoncer "l'uberisation" de leur profession.

Des bouchons et des coups de klaxon. Les auto-écoles ont une nouvelle fois décidé de serrer le frein à main, mardi 18 avril. Plusieurs opérations escargots étaient organisées à Paris, Lyon, Marseille, Toulouse et Nantes, à l’appel des deux principaux syndicats de la profession. La raison de leur colère : la dématérialisation de l’inscription au permis de conduire. Franceinfo vous explique pourquoi ils sont en colère.

C'est quoi la dématérialisation de l’inscription au permis de conduire ?

Actuellement, il faut passer par préfecture pour s'inscrire au permis de conduire. Mais les choses sont en train de changer avec le plan "Préfectures nouvelle génération". Imaginé par l'Etat, ce dispositif prévoit de faciliter la délivrance de certains papiers administratifs (passeports, cartes d'identité, etc.) via internet. Le ministère de l’Intérieur souhaite ainsi "simplifier pour les Français des démarches administratives qui sont au cœur de leur quotidien"Concernant le permis de conduire, il ne sera plus utile de se déplacer : le candidat pourra s'inscrire depuis chez lui, en quelques clics. Testée dans certains départements, la démarche sera en vigueur partout en France d'ici à la fin de l’année.

Pourquoi les auto-écoles s'inquiètent-elles ?

Les syndicats dénoncent une "ubérisation" de la profession et parlent de concurrence déloyale. Selon eux, cette dématérialisation est un cadeau fait aux auto-écoles en ligne. "On est en train d'offrir un boulevard" à ces plateformes, regrette Patrice Bessone, le président du CNPA-Education routière, contacté par franceinfo. Dans sa ligne de mire : des sites comme Ornikar ou Autoecole.net.

Ces plateformes, qui ne cessent de se développer, ont la réputation de casser les prix. "Ornikar, qui revendique plus de 43 000 inscrits, propose un forfait incluant le Code de la route et 20 heures de conduite à partir de 729 euros, explique le journal La Croix. Son principal concurrent Autoecole.net descend même à 675 euros." Ce qui est bien moins cher qu’une auto-école classique : "En 2016, le prix moyen de formation dans ces établissements était de 2 140 euros pour le code et 35 heures de conduite", écrit le quotidien.

Mais derrière ces tarifs alléchants se cachent des pratiques floues, selon Patrice Bessone. "Nous ne savons même pas s'ils sont diplômés, explique-t-ilVous imaginez un peu, la problématique ? Nous ne sommes pas sur un élément marchand, un produit de consommation courante, nous sommes sur un enseignement pour que les jeunes ne se tuent pas."

Arrêtons de jouer avec ça, arrêtons de dire que ça coûte cher. Quand j'entends ça, c'est comme si vous étiez en train de rabaisser, de dégrader l'Education nationale.Patrice Bessoneà franceinfo

Dans un communiqué, l'auto-école en ligne agréée En Voiture Simone a mis en garde contre les "amalgames". "Il ne s'agit pas d''ubérisation', loin de là. Le secteur de l'auto-école a un retard dans le numérique qui est considérable. Les procédures administratives qui y étaient associées n'ont pas évolué depuis des dizaines d'années. Le gouvernement a simplement fait en sorte qu'elles correspondent aux outils d'aujourd'hui et aux usages des personnes qui passent le permis de conduire", affirme-t-elle.

Que proposent les syndicats ?

Les syndicats d'auto-écoles ne sont pas contre la dématérialisation de l'inscription au permis de conduire. Dans le Journal du Centre, un représentant syndical y voit même "une avancée remarquable dans la rapidité de traitement" des dossiers. Mais cette révolution ne doit pas se faire n'importe comment : elle doit être "encadrée et maîtrisée". "Nous demandons tout simplement, comme pour la carte d'identité et le passeport, de pouvoir aller en mairie, sur une borne numérique, de scanner nos propres documents et d'avoir, déjà, une vérification d'identité et un aspect solennel de l'inscription au permis", détaille Patrice Bessone.

Face au silence du ministère de l'Intérieur, les syndicats demandent à rencontrer au plus vite le Premier ministre Bernard Cazeneuve "pour qu’il fasse un arbitrage". Sinon, ils promettent de renouveler leurs opérations coups de poing.

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