Passages à niveau : "Dans 98% des cas, les accidents sont provoqués par les automobilistes"

Emmanuel Barbe, le délégué interministériel à la sécurité routière (Paris, le 2 octobre 2015).
Emmanuel Barbe, le délégué interministériel à la sécurité routière (Paris, le 2 octobre 2015). (ERIC FEFERBERG / AFP)

Emmanuel Barbe, le délégué interministériel à la sécurité routière, a réagi sur franceinfo, à la suite du terrible accident qui a fait quatre morts lundi dans la Marne.

"C'est un drame affreux", a dit Emmanuel Barbe, le délégué interministériel à la sécurité routière, mardi 16 juillet sur franceinfo, au lendemain de la mort d'une femme et de trois enfants sur un passage à niveau dans la Marne, percutés par un train. "Dans 98% des cas, c'est le comportement des automobilistes qui est en cause", a-t-il affirmé. Pour diminuer le nombre d'accidents, Emmamuel Barbe évoque tout de même la "suppression de 150 passages à niveau", une "augmentation du nombre de caméras", et des "aménagements sur les passages à niveau".

franceinfo : Les passages à niveau restent-ils un point sensible de la sécurité routière ?

Emmamuel Barbe : C'est un drame affreux. C'est ça, la route : de la violence, de la vie et de la mort. Pour répondre à votre question, le nombre de tués sur les passages à niveau reste relativement mineur. En 2017, il y avait 28 morts. En 2018, 16 morts. Or sur les routes de France sont décédées 3 488 personnes en 2018. C'est toujours très spectaculaire. En l'occurrence ici, c'est épouvantable, mais en réalité, en matière de sécurité routière, c'est une petite chose. Pour autant, les pouvoirs publics sont très mobilisés. La ministre des Transports Elisabeth Borne préside très régulièrement un comité de suivi des passages à niveau qui implique tous les acteurs. Car c'est quelque chose qu'il faut absolument éviter.

Dans la quasi-totalité des cas, c'est le comportement des conducteurs qui est en cause ?

Oui, dans 98 % des cas, les accidents sont provoqués par les automobilistes, selon l'Observatoire national interministériel à la sécurité routière. Quand on observe certaines caméras, ou alors la soixantaine de radars placés pour flasher ceux qui franchissent les passages à niveau quand les barrières sont fermées, on trouve beaucoup de cas. L'idée serait d'ailleurs d'augmenter le nombre de caméras. Si c'est un endroit où les gens passent régulièrement, le fait d'avoir été flashé une fois pourrait les dissuader. Moi je pense que tout ce qu'on peut entreprendre pour que ce phénomène se réduise à zéro, il faut le faire ! Surtout qu'il suffit que ce soit un car comme à Millas, et la tragédie devient totale. Le nombre de morts doit encore baisser et c'est la volonté du gouvernement.

L'autre solution, ce serait d'aménager ces passages à niveau. Ce serait un coût considérable ?

Le gouvernement va un peu augmenter les sommes pour aménager les passages à niveau. Mais on va aussi en supprimer. Le critère qu'on a aujourd'hui, c'est qu'on mesure le nombre de trains par rapport au nombre de véhicules. Cela s'appelle la "période" dans le langage des ingénieurs. On supprime les passages à niveau pour lesquels cet indice est le plus fort. Ça, on va continuer à le faire. Il y en a environ 150 qui vont être supprimés. Quand on supprime un passage à niveau, ce n'est pas forcément la solution idéale car il faut construire un pont ou un tunnel, et ça peut créer d'autres risques.

Des barrières plus solides, infranchissables, cela pourrait exister ?

Pour dire la vérité, c'est l'inverse que l'on fait : il faut que les barrières soient absolument amovibles, pour que quand quelqu'un est bloqué au milieu, il puisse sortir. Je le dis à vos auditeurs : quand vous êtes bloqués, il faut foncer sur la barrière pour sortir, et la barrière se pousse toute seule. Dès que ça sonne, et que vous entendez la sonnerie, il faut tout de suite s'arrêter, il ne faut pas essayer de passer. Je ne sais pas ce qui a pu se passer dans le drame d'hier, mais visiblement c'est une estimation erronée de ce type. Il faut vraiment avoir un réflexe simple : vous entendez la sonnerie, vous vous arrêtez. Là, j'ai cru comprendre que 400 mètres avant, le conducteur du train a essayé de freiner, mais c'est juste impossible.

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