Mesures pour la sécurité routière : "C’est un peu du racket"

Un radar à la sortie du tunnel du Pas de l\'Escalette, sur l\'A75, photographié le 30 juin 2005.
Un radar à la sortie du tunnel du Pas de l'Escalette, sur l'A75, photographié le 30 juin 2005. (DOMINIQUE FAGET / AFP)

Bernard Cazeneuve a annoncé de nouveaux dispositifs pour faire baisser la mortalité sur les routes françaises. Des mesures qui ne sont pas du goût de tout le monde.

"On se trouve face à une hystérie de la répression alors qu'on sait que ça n'a aucune utilité", s'agace Eric de Caumont, président de l'Association des avocats de l'automobile. Cet avocat spécialisé n'apprécie pas les nouvelles mesures envisagées par le ministre de l'Intérieur. Pour passer sous la barre des 2 000 morts par an, Bernard Cazeneuve a annoncé, lundi 11 mai, l'expérimentation de l'abaissement de la vitesse maximale autorisée de 90 km/h à 80 km/h sur trois tronçons routiers.

En plus de cette mesure, le Conseil national de la sécurité routière (CNSR) réclame d'autres dispositifs, comme la traçabilité des conducteurs de voitures d'entreprise ou des radars à double face pour permettre de sanctionner plus systématiquement les contrevenants. Selon Le Parisien, le CNSR chercherait notamment à contrer les avocats spécialisés qui permettent à de nombreux automobilistes d'échapper aux sanctions. 

"On a supprimé toute forme de tolérance"

Eric de Caumont voit passer dans son cabinet de nombreuses personnes désireuses de se soustraire à une amende, un retrait de points ou une condamnation liés à des infractions routières. Depuis une dizaine d'années, la clientèle de cet avocat a évolué : "Avant, je recevais surtout des gros rouleurs qui prenaient la route tous les jours en raison de leur profession, mais, désormais, je vois débarquer des étudiants, des retraités, des mères au foyer… On a supprimé toute forme de tolérance et tout le monde peut se faire prendre pour le moindre km/h en trop."

La majorité des automobilistes consultent un avocat pour tenter de conserver leurs précieux points et ne pas perdre leur permis de conduire. William*, un Britannique installé dans le sud de la France qui dispose de plusieurs automobiles enregistrées à son nom, fait partie des habitués du cabinet d'Eric de Caumont : "Mes enfants, les amis de passage conduisent mes voitures de collection et il leur arrive de faire des excès de vitesse. Je suis donc obligé de faire des démarches avec un avocat pour protéger mon permis à points." 

En vingt ans, William a déjà fait cinq fois appel à un avocat pour conserver ses points. Il éprouve le besoin de se faire assister, car il trouve le système français "administrativement très complexe" et parfois même "absurde" "Une fois, on a rejeté ma demande juste parce que je n'avais pas indiqué le nom de jeune fille de ma femme sur ma réclamation."

"Je pense que c’est un peu du racket"

En France, rien n'oblige le propriétaire de la voiture à dénoncer le conducteur. Du coup, William ne donne pas le nom de ses proches quand ils se font flasher, mais il conteste sa présence derrière le volant. Des procédures qui lui coûtent souvent très cher, plus cher qu'un simple PV. En outre, William est de toute façon souvent obligé de régler la note à la fin : "Je pense que c’est un peu du racket, car ce n’est pas la dangerosité qui est réprimée mais simplement la vitesse. Je n'ai jamais été dangereux au volant et j'ai pourtant été parfois flashé."

Rappelons quand même qu'en 2012, selon la Sécurité routière, la vitesse était le facteur principal d'accidents mortels dans 25% des cas. Et, n'en déplaise à William, les différentes mesures adoptées depuis quarante ans pour lutter contre l'insécurité routière ont tout de même permis de diviser par cinq la mortalité, passée de 18 034 tués en 1972 à 3 645 en 2012. Mais pour Eric de Caumont, cette politique de tolérance zéro "coupe la population des politiques et des forces de police, comme le montrent les récents sondages". Une enquête CSA indiquait début mars que 73% des Français étaient opposés à une diminution de 10 km/h de la vitesse autorisée, note ainsi Direct Matin.

"Souvent, les gens sont respectueux des règles, mais comme ils préfèrent regarder la route devant eux plutôt que d'avoir le regard vissé au compteur, ils se font vite surprendre", avance Eric de Caumont. "Il ne faut pas croire que les gens qui viennent nous voir ont un sentiment d'impunité", assure de son côté Matthieu Lesage, un autre avocat spécialisé. De son côté, depuis qu'il a perdu des points, William s'est promis d'être un peu plus sage au volant.

* Le prénom a été changé.

Vous êtes à nouveau en ligne