"Patate chaude", déclaration "machiavélique" : l'assouplissement sur les 80km/h annoncé par Edouard Philippe ne fait pas l'unanimité

Panneaux de limitation de vitesse à Echenoz-le-Sec, en Haute-Saône.
Panneaux de limitation de vitesse à Echenoz-le-Sec, en Haute-Saône. (JEAN-FRANÇOIS FERNANDEZ / FRANCE-BLEU BESANÇON)

Le Premier ministre a ouvert la voie à un retour à 90 km/h sur certaines routes secondaires, en insistant sur la "responsabilité" des présidents des conseils départementaux.

Edouard Philippe a déclaré qu'il ne voyait aucun "inconvénient" à laisser aux présidents de conseil départementaux le choix d'appliquer ou non la limitation de la vitesse à 80 km/h. Loin de satisfaire les élus qui se sont élevés contre cette mesure controversée, cette déclaration, faite par le Premier ministre jeudi 16 mai sur franceinfo, leur fait craindre de devoir assumer des accidents potentiellement mortels.

Les routes nationales ne seront pas concernées

Le Sénat a déjà voté la liberté pour les présidents de conseils départementaux, mais aussi pour les préfets, de déroger aux 80 km/h lors de l'examen de la Loi d'orientation des mobilités à la fin du mois de mars. Pour le sénateur LR de la Haute-Saône Michel Raison, auteur de cet amendement, '"c'est une opération de communication mensongère, le Premier ministre va essayer de faire croire qu'il adapte la mesure alors qu'il n'adapte rien du tout.

"C'est quasiment machiavélique, a dénoncé le sénateur sur franceinfo, puisque l'amendement d'En Marche c'est de retirer les nationales et de ne laisser que les départementales." Le groupe LREM à l'Assemblée Nationale a en effet proposé un amendement qui exclut les routes nationales du dispositif voté par le Sénat. Si cet amendement est adopté, le retour aux 80km/h ne concernera donc que les routes départementales. La "souplesse" du Premier ministre, saluée sur franceinfo par Damien Abad, député de l'Ain et vice-président LR, serait donc toute relative. 

L'État se décharge de sa responsabilité 

"Je pense qu'il faut que chacun prenne ses responsabilités. L'État les a prises pour lui-même. Si les présidents des conseils départementaux souhaitent prendre leurs responsabilités, je n’y vois aucun inconvénient" a déclaré Edouard Philippe. Ce qui signifie qu'en décidant de rehausser la vitesse sur certains tronçons, les présidents de département pourraient donc être pénalement responsables en cas d'accident.  "Ce n'est pas aux présidents de conseil départemental de porter la responsabilité de la sécurité routière" a insisté Damien Abad. 

"Il ne faut pas qu'il y ait un renvoi de patate chaude qui dirait aux élus locaux : 'Vous avez assumé vos responsabilités et s'il y a des accidents ce sera de votre faute'. Ça ne serait pas une bonne manière de sortir de ce débat qui a été mal engagé," a mis en garde sur franceinfo le maire PS de Bourg-en-Bresse et président de l'association des villes moyennes, Jean-François Debat. "À partir du moment où vous mettez le président de département en porte-à-faux là-dessus en lui disant que c'est possible, il ne prendra pas le risque de repasser des routes à 90 km/h" prédit même le sénateur Michel Raison. 

Des départementales repasseront bien à 90km/h

Pourtant, des présidents de conseil départemental ont déjà annoncé qu'ils appliqueraient cette loi dès qu'elle serait votée. "Nous allons repasser à 90 km/h sur les routes de Dordogne où il y a un marquage central et latéral", a ainsi annoncé jeudi le président du conseil départemental de la Dordogne, Germinal Peiro, sur France Bleu Périgord. 1 200 km de routes de Dordogne sont concernées.

François Sauvadet, président du conseil départemental de la Côte-d'Or, a déclaré dans un communiqué que "90% du réseau (de son département) pourront repasser à 90 km/h". L'association 40 millions d'automobilistes, qui a combattu les 80 km/h, a salué un "recul" d'Edouard Philippe, "et une victoire pour nous et la sécurité des routes".

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