"Élucubrations", données "fantaisistes"... Le délégué à la sécurité routière répond à la publication d'un rapport sur le "fiasco" des 80 km/h

Un panneau 80 km/h, sur une route française le 23 août 2018.
Un panneau 80 km/h, sur une route française le 23 août 2018. (BOILEAU FRANCK / MAXPPP)

Un rapport, mis en place par l'association 40 Millions d'automobilistes, estime que le passage aux 80 km/h est "un fiasco" tant sur le plan des vies épargnés que sur les coûts du changement des panneaux. Le délégué interministériel à la sécurité routière dément ces conclusions sur franceinfo.

Un rapport d'un comité indépendant d'évaluation des 80 km/h, mis en place par l'association 40 Millions d'automobilistes, estime que l'abaissement de la vitesse à 80 km/h sur le réseau secondaire est un "fiasco". Dans ses conclusions, cette étude controversée, rendue publique jeudi 19 septembre, assure que "la politique examinée promettait 400 décès évités et zéro perte de temps ; elle a produit 39 décès évités et 180 millions d’heures perdues". Elle pointe également "2,4 milliards d’euros gaspillés en une année".

Selon le gouvernement, l'abaissement de la vitesse à 80 km/h a permis d’épargner 206 vies entre juillet 2018 et juin 2019. Pour Emmanuel Barbe, le délégué interministériel à la sécurité routière, les conclusions de ces travaux ne sont que des "élucubrations" et de "l'infox". Et la Délégation à la sécurité routière (DSR) pointe de "graves lacunes méthodologiques qui affectent les calculs proposés par l'auteur de l'étude du Comité indépendant d'évaluation".

La diminution du nombre de morts

Selon les travaux du comité indépendant d'évaluation, 39 vies ont été sauvées en un an, alors que pour l'État, cette mesure a permis d'épargner 206 vies entre juillet 2018 et juin 2019. "Loin de réduire les décès de 400 par an, comme annoncé ex ante, ou 206 comme proclamé ex post, la politique engagée les a réduits au plus d'une quarantaine, ce qui n'est évidemment pas négligeable. Cependant, le mot de 'fiasco' n'est pas trop fort pour caractériser une politique dont les résultats sont si différents des objectifs", indique le document. Ces chiffres sont "erronés", selon Emmanuel Barbe. Le délégué interministériel à la sécurité routière dénonce sur franceinfo des "élucubrations", "de l'infox".

La Délégation à la sécurité routière (DSR) pointe de son côté que "qualifier de fiasco une mesure qui 'n'a permis de sauver que 39 vies', démontre en soi le peu d’importance accordé par l’auteur de ces propos à la vie humaine". Selon la DSR, le comité indépendant d'évaluation "considère à tort la vitesse comme une cause résiduelle des accidents, indépendante de l'ensemble des autres facteurs d'accidentalité. Une telle approche ignore le facteur aggravant que constitue la vitesse lors des accidents de la route. Ce biais introduit une sous-estimation massive du rôle de la vitesse dans l'accidentalité."

Le coût du changement des panneaux routiers

Ce rapport indique également que le changement des panneaux de signalisation suite au passage aux 80 km/h représente un investissement de 150 millions d'euros d'investissement, soit 15 millions d'euros par an en supposant que chaque panneau à "une durée de vie de 10 ans".

"Ce monsieur parle de 150 millions d'euros de changement de panneaux, s'il nous avait appelé on lui aurait dit que c'est 1,6 million, c'est pour vous dire l'ampleur des déformations, répond Emmanuel Barbe sur franceinfo. On ne peut pas comme cela insulter la statistique publique (...). Nos données sont transparentes et en accès public. C'est véritablement assez inimaginable de dire des choses comme celles-là". Selon la DSR, l'Etat, à la mi-septembre 2019, avait remboursé 1,61 millions d'euros pour 8 100 panneaux dans 77 départements.

L'indépendance du comité

En introduction, le rapport indique que "l'indépendance de ce comité est assurée par le fait que tous ses membres, à commencer par son président et son rapporteur, effectuent ce travail d’évaluation à titre gracieux, sans
aucune rémunération directe ou indirecte. Ils ne sont ni aux ordres ni sous l’influence d’aucune administration, d’aucun lobby, d’aucune association".

Emmanuel Barbe, le délégué interministériel à la sécurité routière, estime pourtant sur franceinfo que "ce comité n'est pas indépendant, puisque c'est une émanation de l'association 40 Millions d'automobilistes". Selon lui, ce comité qui n'a "aucune légitimité" publie des données "complètement fantaisistes, avec une méthodologie qui n'est ni vérifiée ni contrôlée et qui aboutit à dénaturer les choses". "Il y a des assertions, des erreurs méthodologiques qui sont gravissimes", selon lui.

Vous avez des gens qui sous le couvert de pseudo connaissances scientifiques qu'ils n'ont pas, disent n'importe quoiEmmanuel Barbeà franceinfo

"Vous ne pouvez pas mettre au même niveau des accidentologues de la sécurité routière, des gens qui sont experts dans ce domaine et qui ont des méthodes certifiées et déposées (...), et ce genre d'élucubrations qui prêteraient à rire", fustige Emmanuel Barbe. Selon lui, ce rapport émane d'une "personne qui a découvert il y a quelques mois la sécurité routière et qui pond des élucubrations".

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