Lutte contre le "séparatisme islamiste" : "Des organisations religieuses ont pris la place" laissée "vacante" par l'Éducation nationale

Dispensés à partir du CE1 depuis 1977, les enseignements de langue et de culture d\'origine (Elco) visaient à faciliter l\'apprentissage d\'une seconde langue à partir de la maîtrise de la langue maternelle (photo d\'illustration, des cours d\'arabe dispensés dans une classe de primaire en Lorraine).
Dispensés à partir du CE1 depuis 1977, les enseignements de langue et de culture d'origine (Elco) visaient à faciliter l'apprentissage d'une seconde langue à partir de la maîtrise de la langue maternelle (photo d'illustration, des cours d'arabe dispensés dans une classe de primaire en Lorraine). (PHILIPPE RIEDINGER / MAXPPP)

Rémi Sirvent, secrétaire nationale SE-Unsa, a notamment réagi à la suppression annoncée des enseignements de langue et de culture d'origine. 

"Des organisations religieuses ont pris la place" laissée "vacante" par l'Éducation nationale, estime mercredi 19 février sur franceinfo Rémi Sirvent, secrétaire nationale SE-Unsa, après l'annonce par Emmanuel Macron mardi à Mulhouse d'une série de mesures contre le "séparatisme islamiste" et notamment à l'école. Le chef de l'Etat a notamment annoncé l'arrêt des enseignements de langue et de culture d'origine (Elco) à la rentrée prochaine, des cours qui avaient lieu, "sans que l'Éducation nationale puisse exercer le moindre contrôle", a-t-il dit. "C'est inexact", affirme Rémi Sirvent, qui pointe par  ailleurs plusieurs "mesures très regrettables", comme la suppression de la semaine de quatre jours et demi, qui ont conduit selon lui à cette situation et à la "ségrégation" de certaines écoles.

franceinfo : La suppression de ce dispositif est-elle une bonne chose ?

Rémi Sirvent : La suppression de ce dispositif avait été prévue par Najat Vallaud-Belkacem quand elle était ministre en 2016 avec son évolution vers les enseignements internationaux en langues étrangères. Donc, on ne peut pas parler d'annonce, mais plutôt de continuité. J'ai entendu le président de la République dire hier que l'Éducation nationale avait perdu la main sur ce dispositif. Or, je voudrais préciser que c'est inexact. La note de service ministérielle de juillet 2016 précise que les enseignants Elco reçoivent un agrément de l'Éducation nationale, sont membres de l'équipe pédagogique et que le directeur d'école doit s'assurer que les enseignements Elco entrent dans le cadre du socle commun. Dès que le directeur a un doute, il prévient sa hiérarchie qui met en œuvre un contrôle qui peut aboutir à un retrait d'agrément de la personne en question.

Le président estime que c'est un dispositif qui nourrit une forme de séparatisme en France. Cela vous semble exagéré ?

Je pense que c'est peut-être un peu exagéré, mais je voudrais revenir sur deux mesures qui ont été très regrettables. Une des mesures éducatives qu'on peut regretter, c'est la fin de la semaine de quatre jours et demi qui a conduit à l'érosion des activités périscolaires qui y étaient associées. Et sur ce point, des organisations religieuses ont pris la place vacante.

Retirer un jour d'école dans la semaine a été une décision lourde de conséquences parce que des organisations éloignées de l'éducation populaire ont repris la main.Rémi Sirvent, secrétaire nationale SE-Unsaà franceinfo

Une autre mesure préjudiciable, c'est la suppression des emplois aidés dont bénéficiaient les associations sportives culturelles. Elles ont dû réduire leur voilure. Elles ont dû parfois mettre la clé sous la porte. C'est un gâchis qui a été mis en place. Donc maintenant, on se rend compte qu'il y a des écoles qui sont ségréguées.

Que faut-il faire, selon vous ?

Peut-être qu'il faut regarder de près les dérogations à la sectorisation scolaire accordées par les mairies pour voir si elles ne répondent à des logiques uniquement clientélistes.

Il faut aussi évaluer le rôle de l'enseignement privé, qui accueille deux fois moins de boursiers que le public et qui contribue à la calcification des couloirs scolaires qui sont autant de couloirs sociaux.Rémi Sirvent

Parce qu'en définitive, l'entre-soi des uns conduit à la ségrégation des autres. Ce qu'il faut vraiment axer maintenant, c'est la recherche de la mixité à l'école, faire en sorte que les enfants soient scolarisés ensemble. Cet angle a jusqu'à présent été ignoré. C'est dommage parce que les fractures ouvertes qui caractérisent notre société trouvent parfois leur origine dans le fait que la jeunesse de notre pays n'a plus vraiment de lieu pour se rencontrer dans sa diversité, se connaître, et faire ensemble. On a besoin de s'attaquer aux conséquences, mais si on ne regarde pas les causes qui font que dans notre pays la jeunesse ne se rencontre plus trop, on risque de passer à côté.

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