"Ça n'est pas à l'Etat de dicter une religion ou une absence de religion", estime le sociologue Eric Fassin, signataire d'une tribune dans Le Monde

Edouard Philippe pendant la session des questions au gouvernement, à l\'Assemblée nationale, le 8 octobre.
Edouard Philippe pendant la session des questions au gouvernement, à l'Assemblée nationale, le 8 octobre. (PHILIPPE LOPEZ / AFP)

Pour le sociologue Eric Fassin, la question du port du voile pour les accompagnatrices scolaires est un "débat dangereux". Avec 90 personnalités, il signe une tribune dans le journal Le Monde pour dénoncer l'agression d'une femme voilée qui accompagnait une classe de CM2 au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté.

"Ça n'est pas à l'Etat de dicter une religion ou une absence de religion", estime Eric Fassin, sociologue à l'université Paris 8. Il est l'un des 90 signataires de la tribune. "Jusqu’où laisserons-nous passer la haine des musulmans ?" publiée dans Le Monde daté de mercredi. Le texte demande notamment à Emmanuel Macron de condamner fermement l’agression verbale d’une accompagnatrice scolaire voilée par un élu RN au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté.

Edouard Philippe s'est exprimé à l'Assemblée pour préciser que le port du voile n'était pas interdit pour une accompagnante scolaire. Pour vous, la ligne est-elle désormais suffisamment claire ?

Eric Fassin : Cela ne clarifie pas la ligne du gouvernement. Nous savons bien que le voile est autorisé à l'université et qu'il est permis pour les personnes qui accompagnent les sorties scolaires. Il y a un autre problème : Jean-Michel Blanquer [ministre de l'Education] déclarait il y a quelques jours que le voile n'était pas souhaitable. Il y a le discours du gouvernement sur l'islam. La question se pose ici de savoir de quoi on parle, on est en train de stigmatiser une religion comme le fait le RN. Est-ce qu'on se démarque du RN ou est-ce qu'au contraire on le rejoint, on est dans la copie de la xénophobie, du racisme et de l'islamophobie de l'extrême droite ?

Vous considérez que c'est un débat dangereux ?

Oui, c'est un débat dangereux, il est important de changer les termes de ce débat. On nous dit qu'il y aurait deux laïcités, une laïcité plus souple et une laïcité plus rigide, ou une plus dure et une plus molle. Ceux qui comme le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer se permettent de dire ce que doit être la pratique religieuse en France sont à l'encontre même du principe de la laïcité. La laïcité c'est la liberté religieuse, ça n'est pas de dire aux gens ce qu'ils doivent faire ou pas, ce qui est souhaitable ou pas. Ca n'est pas à l'Etat de dicter une religion ou une absence de religion, ça ce n'est pas la laïcité.

Emmanuel Macron doit siffler la fin de la récréation sur ce débat ?

Il devrait aller plus loin, pas seulement dire 'on arrête de débattre'. Il devrait dire que musulmans, catholiques, juifs, athées, agnostiques ou tout ce qu'on voudra... Les Français ont les mêmes droits et on n'a pas le droit de les juger. Il faut rappeler que l'article premier de la Constitution française dit : on doit traiter les gens sans distinction de religion. Donc, le respect des croyances fait partie de la laïcité, il n'est pas le contraire de la laïcité. Ceux qui n'ont pas compris cela instrumentalisent la laïcité, pour aller contre elle.

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