Pédophilie dans l'Église : "S'ils ne se saisissent pas du problème, c'est l'Église qui est en péril"

Olivier Savignac, le 30 octobre 2018 au tribunal correctionnel d\'Orléans.
Olivier Savignac, le 30 octobre 2018 au tribunal correctionnel d'Orléans. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

"On attend des actes", confie Olivier Savignac, une victime d'abus sexuels, reçue samedi par une assemblée d'évêques.

"S'ils ne se saisissent pas du problème" de la pédophilie dans l'Église, "c'est l'Église qui est en péril", affirme vendredi 2 novembre sur franceinfo Olivier Savignac, une victime d'abus sexuels qui est reçue samedi 3 novembre par 118 évêques réunis à Lourdes lors de leur assemblée plénière. Huit victimes d'abus sexuels commis par des clercs sont invités à participer à cette assemblée, à témoigner, à participer à des groupes de travail.

franceinfo : Qu'attendez-vous de cette rencontre ?

Olivier SavignacNous attendons que les évêques réalisent la charge de travail qui les attend par rapport à ce grand fléau qu'est la pédophilie aujourd'hui. Au-delà d'une première rencontre, c'est d'acter du concret, on attend des actes. On attend que les évêques se positionnent, chacun dans leur diocèse, par rapport à une réelle politique contre tous ces abus. Cela démarre avec une équipe autour d'eux, un accompagnement, une prise en charge des victimes, de la prévention. Il y aura des professionnels de l'écoute, mais aussi du management, de la santé, du médical, par rapport à tout ce qui est prise en charge des victimes elles-mêmes.

Aujourd'hui, il y a dans l'Église des gens qui souffrent et pas simplement les victimes de pédophilie. C'est aussi les religieux qui sont sujets à un amalgame, une suspicion généralisée, c'est grave. L'Église doit se saisir du problème réellement, poser des actes concrets, oser se remettre en question avec humilité face à tout cela. C'est ce que nous allons dire, nous, qui avons été victimes dans notre enfance.

Des associations voulaient une rencontre à l'Assemblée nationale. Finalement, cela se fait à Lourdes. Est-ce que cela va permettre des discussions de fond ?

Cela va permettre des discussions de fond. Même si on n'a pas eu cette rencontre dans l'hémicycle, nous allons quand même faire une déclaration commune à chaque groupe de travail en introduction. Cela remplacera la déclaration qu'on devait faire à l'Assemblée. Ce sera notre manière de dire, 'vous avez à nous écouter, nous avons des espoirs, des objectifs et nous voulons travailler avec vous et que vous puissiez réaliser la portée de ce qui vous attend et de ce qui attend l'Église'.

Aujourd'hui, s'ils ne se saisissent pas du problème, c'est l'Église qui est en péril. Cette question, même si certains d'entre eux essaient de l'éluder, de la mettre au second plan, elle est prioritaire. Tant que les évêques ne se saisiront pas correctement de cette question concrètement par le biais d'une coordination nationale, ils n'y arriveront pas.

Vous êtes partie civile au procès de l'abbé Castelet. Le procureur a requis deux ans et demi de prison ferme à l'encontre du prêtre et un an ferme pour l'ancien évêque d'Orléans. Est-ce un signal fort pour vous ?

Aujourd'hui, on ne peut plus jouer avec ces questions-là, c'est la vie de victimes. Dans notre cas, ce sont des faits qui sont non prescrits. On a la chance d'avoir eu cette légitimité de la reconnaissance du statut de victime devant un tribunal. Mais je pense à toutes les autres victimes pour qui les faits sont prescrits, celles qui sortent du silence 40, 50 ans, 70 ans après, parce que c'est très difficile de faire ce premier pas. Je crois qu'il va falloir travailler sur cette question de la réparation par rapport à des gens dont les faits sont prescrits. C'est aussi cela le rôle de l'Église si elle veut vivre le message qu'elle prône à travers l'amour universel. Il faut se poser les vraies questions et remettre, au centre, les victimes, les fragiles.

Vous êtes à nouveau en ligne