"Nous voulons entendre autant de victimes qu'il est possible", dit le président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église

Une messe dans l\'église Saint-Bonaventure de Lyon (Rhône), le 19 mars 2019.
Une messe dans l'église Saint-Bonaventure de Lyon (Rhône), le 19 mars 2019. (JOEL PHILIPPON / MAXPPP)

La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église a lancé début juin un appel à témoignages auprès des victimes de crimes pédophiles dans l'Église. Environ 2 000 appels téléphoniques, mails et courriers ont été reçus en moins de quatre mois.

"Nous voulons entendre autant de victimes qu'il est possible", a déclaré vendredi 20 septembre sur franceinfo, Jean-Marc Sauvé, le président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église (CIASE). Cette commission a été créée à l'automne dernier à la demande de l'épiscopat français.

La commission a lancé le 3 juin un "appel à témoignages", qui passe notamment par une plateforme téléphonique d'écoute des victimes. Environ 2 000 appels téléphoniques, mails et courriers ont été reçus en moins de quatre mois. Plus d'un quart de ces personnes (650) ont accepté de répondre à un questionnaire.

"Des histoires personnelles qui nous sont livrées avec parfois beaucoup de douleur"

"Nous voulions recueillir des témoignages, des remarques anonymes. Nous découvrons des histoires personnelles qui nous sont complètement livrées", a ajouté Jean-Marc Sauvé. Les auditions vont "se poursuivre au cours de l'automne, l'hiver et le printemps prochains", a-t-il précisé.

"C'est dans les ordres de grandeur qu'on attendait", a expliqué le président de la commission. "On a été davantage surpris par les réponses aux questionnaires. Nous découvrons des histoires personnelles qui nous sont livrées avec parfois beaucoup de douleur, beaucoup de détresse aussi. Peu de familles ont été immédiatement informées de ce qui s'est passé et beaucoup de ces abus n'ont pas été portés ni à la connaissance de l'église ni à la connaissance de la justice."

Mettre en lumière ce qui s'est passé depuis 70 ans

En tout, une quinzaine de signalements seulement concernent des cas non prescrits. La loi impose à la commission de dénoncer tout abus sur mineur qui n'a pas encore été porté à la connaissance de la justice. "Il appartiendra au parquet, à l'autorité judiciaire de dire s'il y a des faits qui peuvent être poursuivis ou pas", a détaillé Jean-Marc Sauvé. "Très clairement, nous n'avons pas pour mission d'établir des responsabilités individuelles, notamment une responsabilité pénale. Nous sommes chargés de mettre en lumière ce qui s'est passé au cours des 70 dernières années, c'est une tâche colossale, surhumaine."

Il y a tout de même quelques critères avant de communiquer une affaire au parquet  selon le président de la commission : "Le critère essentiel : l'auteur présumé est-il encore en vie ? S'il est décédé, c'est terminé. Si les faits sont à ce point anciens et qu'il n'y a pas de doute sur la prescription, il est inutile de saisir le parquet, en revanche il ne nous appartient pas de procéder à des analyses juridiques et chronologiques extrêmement fines. Dès lors qu'il y a un doute et un doute suffisant, nous saisirons le parquet autant de fois que nécessaire."

Nous voulons entendre autant de victimes qu'il est possible. Et si possible, toutes celles qui le demandent. Si ça n'est pas possible nous serons bien sûr obligés de sélectionner les demandes qui apparaîtront les plus urgentes. Nous avons, à la suite des premières auditions, défini un protocole qui repose sur une écoute, attentive, prolongée, qui donne la parole aux victimes, sans autre questionnement que de simples relances.Jean-Marc Sauvésur franceinfo

Jean-Marc Sauvé promet que des enquêtes sur le terrains, dans certains diocèses, dans certaines congrégations religieuses dans lesquels certains abus se sont produits et n'ont pas été révélés vont être conduites pour essayer de comprendre le contexte. L'objectif est "de tirer toutes les conséquences de ce qui s'est passé."


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