Ce qu'il faut savoir sur l'affaire des enfants de chœur victimes d'abus en Allemagne

Georg Ratzinger, frère de l\'ancien pape Benoît XVI, à Regensburg, dans le sud de l\'Allemagne, le 7 juin 2011. Ce dernier a dirigé le chœur de Ratisbonne pendant trente ans.
Georg Ratzinger, frère de l'ancien pape Benoît XVI, à Regensburg, dans le sud de l'Allemagne, le 7 juin 2011. Ce dernier a dirigé le chœur de Ratisbonne pendant trente ans. (ARMIN WEIGEL / DPA)

Parmi les 500 victimes recensés par un rapport d'enquête, soixante-sept garçons et adolescents membres des Regensburger Domspatzen ont été victimes d'agressions sexuelles, entre 1945 et le début des années 1990.

L'affaire a éclaté en 2010, mais les faits remontent à bien plus loin. Au moins 547 enfants du chœur catholique des Regensburger Domspatzen ("Les Moineaux de la cathédrale") de Ratisbonne (Allemagne) ont subi des maltraitances physiques, y compris des viols, entre 1945 et le début des années 1990, selon un rapport d'enquête publié mardi 18 juillet. Franceinfo vous résume ce qu'il contient.

Un système de "punitions sadiques"

Les faits décrits par le rapport couvrent des délits et crimes allant de la privation de nourriture au viol, en passant par des coups ou des agressions sexuelles. Pour les victimes d'abus, leur passage dans le chœur catholique de Ratisbonne – un chœur millénaire et mondialement connu – a été "une prison, un enfer et un camp de concentration", assure d'ailleurs Ulrich Weber, un avocat chargé par l'Eglise de faire la lumière sur cette affaire.

En 2010, un ancien membre de la chorale, le chef d'orchestre et compositeur allemand Franz Wittenbrink, évoquait dans le journal Der Spiegel un "système de punitions sadiques relié au plaisir sexuel". L'avocat Ulrich Weber décrit, lui, "le pire moment de leur vie, marqué par la peur, la violence et la détresse". En janvier 2016, il avait déjà parlé d'un "climat de peur" au sein de l'institution, qui abrite également un établissement scolaire allant de la maternelle au lycée. Les cas de violences ont ainsi été particulièrement nombreux dans la maternelle, a expliqué Ulrich Weber.

Des faits prescrits pour la plupart

Si au moins 547 garçons et adolescents ont subi des abus, le nombre de victimes pourrait en fait être bien supérieur et dépasser les 700, a estimé Ulrich Weber. Ces chiffres sont largement supérieurs à ceux connus jusqu'ici. En janvier 2016, un rapport intermédiaire faisait état de 231 victimes. Un an auparavant, les autorités catholiques locales parlaient de 72 enfants victimes d'abus, soit trois fois moins. 

Par ailleurs, selon le rapport, soixante-sept jeunes hommes ont subi des agressions sexuelles, dont des viols. Au total, 49 auteurs présumés des violences sont identifiés dans cette enquête. Mais les cas, dans leur majorité, sont prescrits et ils ne devraient pas être poursuivis. Chacune des 547 victimes pourrait cependant recevoir jusqu'à 20 000 euros d'indemnisation.

Le frère de Benoît XVI impliqué

L'affaire porte entre autres sur des maltraitances ayant eu lieu entre 1964 et 1994 à l'époque où Monseigneur Georg Ratzinger, frère de l'ancien pape Benoît XVI, dirigeait le chœur de Ratisbonne. Ce dernier, aujourd'hui âgé de 93 ans, a assuré n'avoir pas eu connaissance d'abus sexuels au sein de cette chorale fondée au Moyen-Age, en l'an 975. Pour l'avocat Ulrich Weber, Georg Ratzinger savait et aurait au contraire "détourné les yeux", dans un chœur où la "culture du silence" régnait.

Ce scandale est l'un des nombreux qui ont ébranlé l'Eglise catholique ces dernières années. Benoît XVI ainsi que son successeur le pape François ont demandé pardon pour les affaires de pédophilie ayant secoué le clergé. En Allemagne, une école des Jésuites de Berlin a également été au cœur d'un scandale de pédophilie. Elle avait reconnu des abus sexuels systématiques commis sur des élèves par deux prêtres dans les années 1970 et 1980.