Des jours fériés musulman et juif ? Trois questions sur la proposition de la fondation Terra Nova, proche du PS

La fête de l\'Aïd-el-Kébir, au parc Chanot, à Marseille, le 26 octobre 2012.
La fête de l'Aïd-el-Kébir, au parc Chanot, à Marseille, le 26 octobre 2012. (MAXPPP)

Le think tank a publié un rapport, mercredi, qui préconise de remplacer les lundis de Pâques et de Pentecôte par deux nouveaux jours fériés : le Kippour pour les juifs, l'Aïd-el-Kébir pour les musulmans. 

Et si on changeait le calendrier des jours fériés ? Voilà une question qui revient régulièrement dans l'actualité. Cette fois, c'est la fondation Terra Nova qui y va de ses recommandations. Le think tank, proche du Parti socialiste, a publié un rapport, mercredi 22 février, dans lequel il propose de remplacer deux fêtes chrétiennes habituellement chômées au profit d'une fête juive et d'une fête musulmane. Selon les auteurs de l'étude, ce serait une manière de "traiter à égalité toutes les confessions". Franceinfo vous résume en trois points la question des jours fériés religieux.

1Que propose exactement Terra Nova ?

Longue d'une quarantaine de pages, l'étude s'intitule "L’émancipation de l’islam de France". Dans ce rapport, Terra Nova propose de supprimer les lundis de Pâques et de Pentecôte, deux jours fériés chrétiens, et d'instaurer à la place un jour férié musulman (Aïd-el-Kébir) et un jour férié juif (Kippour). "Pour que toutes les confessions soient traitées à égalité, expliquent les auteurs du rapport, il convient d'intégrer désormais au moins deux nouvelles dates importantes, le Kippour et l'Aïd-el-Kébir, dans le compte des jours fériés, en supprimant les deux lundis qui ne correspondent à aucune solennité particulière".

2Cette proposition est-elle soutenue par des personnalités politiques ?

Ce n'est pas la première fois que l'initiative revient sur la table. En pleine campagne présidentielle en 2012, la candidate écologiste Eva Joly avait jeté un pavé dans le bénitier en proposant d'accorder un jour férié aux juifs et aux musulmans pour célébrer Yom Kippour et l’Aïd. 

Rebelote en février 2015, avec Ericka Bareigts. La députée socialiste de la Réunion avait déposé un amendement à la loi Macron donnant la possibilité aux départements d'outre-mer de remplacer des jours fériés catholiques par des fêtes locales, "afin de tenir compte des spécificités culturelles, religieuses et historiques". Finalement retoqué au Sénat, l'amendement avait en tout cas suscité une vive polémique. "On entre de plain-pied dans le communautarisme, avait déclaré à l'époque le député de droite Eric Ciotti. La France ne vient pas de nulle part, elle a une histoire, elle a une identité. Elle est l'héritière d'une civilisation judéo-chrétienne". Un avis partagé par le vice-président du FN, Florian Philippot, qui dénonçait une "atteinte manifeste au principe d'unité et d'invisibilité de notre République" et de "violente régression communautariste"

3Quels sont les dispositifs actuellement en place pour les fêtes religieuses des salariés non-chrétiens ?

Aïd-el-Kébir pour les musulmans, Yom Kippour pour les juifs, Vaisakhi pour les hindous… Toutes ces fêtes religieuses ne font pas l'objet de jours fériés en France actuellement. Pour autant, les entreprises peuvent autoriser un salarié à s'absenter pour motif religieux. Dans la fonction publique, c'est la circulaire MFPF1202144C du 10 février 2012 qui est en vigueur. Elle explique que "des autorisations spéciales d’absence qui n’entrent pas en compte dans le calcul des congés annuels sont accordées aux fonctionnaires à l’occasion de certains événements", notamment "pour motifs religieux".

Dans le secteur privé, le droit du travail garantit la liberté de religion aux salariés. Mais l’employeur peut y apporter certaines restrictions. Il peut s'assurer, par exemple, que cette absence ne met pas le fonctionnement du service en péril. Autre cas de figure : si tous les salariés souhaitent s'absenter à une même date, l'employeur a la possibilité "d'accepter un nombre limité d'absences, par exemple en sélectionnant les premières demandes reçues ou en les tirant au sort", expliquait Le Monde des religions, en juin 2016.