L'augmentation des actes antisémites "est le symptôme d'une société malade", estime le Crif

Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France, Francis Kalifat, le 7 mars 2018.
Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France, Francis Kalifat, le 7 mars 2018. (LUDOVIC MARIN / POOL)

Francis Kalifat, président du Conseil représentatif des institutions juives de France, a expliqué mardi sur franceinfo attendre un plan spécifique de lutte contre l'antisémitisme alors que ces actes sont en forte hausse.

Alors que les actes antisémites étaient en hausse de 74% en France en 2018, une série d'actes antisémites a eu lieu ces derniers jours à Paris et en Ile-de-France. Francis Kalifat, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a réagi mardi 12 février sur franceinfo.

franceinfo : Que peut-on dire des actes antisémites qui se sont multipliés ces derniers jours ?

Francis Kalifat : C'est la partie émergée de l'iceberg parce que nous savons bien que beaucoup d'actes ne donnent pas lieu à des dépôts de plaintes. Les gens ne veulent plus déposer plainte, soit parce qu'ils ont peur des représailles, soit parce qu'ils considèrent que cela ne sert plus à rien. Ils ne voient pas le bout du tunnel de cet antisémitisme qui est en train de gangrener la société française.

Ces chiffres ne prennent pas en compte non plus la déferlante antisémite que nous avons sur internet. Nous voyons que ces chiffres, aussi inquiétants soient-ils, ne reflètent que très partiellement la réalité de l'antisémitisme du quotidien auquel font face les Français juifs. 

De quels actes s'agit-il ?

Les agressions sur les personnes ont bondi de 89% l'an dernier. C'est énorme. C'est-à-dire qu'il y a eu 183 agressions sur des personnes en 2018 dans notre pays. Cela veut dire que quasiment un jour sur deux une personne est agressée en France en raison de son origine juive. C'est insupportable. Ce qui est important c'est qu'il y ait un sursaut national contre cet antisémitisme parce que ce n'est pas qu'une menace pour les juifs, c'est un signal de l'affaiblissement démocratique de notre pays.

L'antisémitisme est-il le synonyme d'un malaise ?

C'est le symptôme d'une société malade, qui perd le sens des valeurs et c'est ce en quoi nous devons réagir aujourd'hui. Jusqu'à présent la réponse des autorités a été la mise en place de plans qui sont à mon sens trop génériques. Ils sont destinés à lutter contre le racisme, l'antisémitisme, la haine anti LGBT. Bien sûr qu'il n'y a aucune hiérarchie entre ces haines, mais nous voyons bien la limite de l'efficacité de ces plans à travers les chiffres que nous avons aujourd'hui. Il faut s'attaquer à chaque haine de façon individuelle. Nous attendons un plan spécifique de lutte contre l'antisémitisme dans notre pays. Nous avons des propositions à faire.

Certains ont fait un lien avec les "gilets jaunes". Le faites-vous aussi ?

Je ne fais pas un lien avec les "gilets jaunes" dans la généralité, mais je constate qu'un mouvement qui au départ avait une revendication légitime s'est radicalisé. Nous voyons bien que chaque manifestation donne lieu à des actes de violence inadmissibles et à des actes antisémites. Nous avons une radicalisation aussi bien de l'extrême droite que de l'extrême gauche au sein de ce mouvement et c'est eux qui sont les responsables de cet antisémitisme qui se déverse sur notre pays.

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