Réfugiés : trois premiers bus pour une vie nouvelle en France

(Sur le parking de départ du bus de Munich pour Paris, 200 réfugiés se préparent à une nouvelle vie en France. © Jean-Marie Porcher)

Environ 200 réfugiés ont quitté Munich mardi soir vers 23 h dans trois bus, direction Paris. Ce sont les premiers des 24.000 que la France s'est engagée à accueillir sur deux ans. Une mission conduite par l'OFPRA, l'office français des réfugiés et apatrides, à la demande du ministre de l'Intérieur. Pour les familles concernées, c'est le début d'une nouvelle vie.

Sur le parking du grand centre pour demandeurs d’asile, Souraya, employée arabophone de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) appelle un à un les hommes, femmes et enfants enregistrés ces deux derniers jours, candidats à un départ pour  la France. Ils sont en file indienne, prêts à monter dans les bus.

Avec les premiers réfugiés qui partent de Munich pour la France. Le reportage de Mathilde Lemaire et Jean-Marie Porcher
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"Ca n’était pas dans mes projets de partir en France. Mais quand j’ai entendu à la sono l’annonce du comité français, j’y suis allé. "

Deux nationalités seulement : des Irakiens et des Syriens, comme Ahmed, la trentaine, les yeux cernés mais un large sourire sur le visage. Il rêvait d’Allemagne et de Suède. Mais pour lui, la France est une divine surprise : "Ca n’était pas dans mes projets de partir en France. Mais quand j’ai entendu à la sono l’annonce du comité français, j’y suis allé. Ils m’ont demandé ma nationalité, si j’avais des papiers. On a eu un entretien. Et ils ont dit ok. C’est une fin heureuse. En plus le jour de mon anniversaire ! La prochaine étape, ce sera d’avoir des papiers, un  logement et de m’insérer dans la société. Le comité m’a bien dit que le gouvernement n’avait pas à me fournir un emploi. Mais j'espère bien en trouver un ".

(A l'intérieur d'un des bus, un volontaire de l'Ordre de Malte assiste les réfugiés. © Jean-Marie Porcher)

"On a fui la guerre la mort. Là-bas tout est horrible pour les femmes, les enfants. "

Ahmed est ingénieur en génie civil. Il nous confie penser beaucoup à sa femme, ses deux enfants restés à Damas. Il espère pouvoir les faire venir un jour en France. Derrière lui, dans la file, avec deux sacs plastiques pour seul bagage, Saba, Syrienne elle aussi, qui a quitté Damas avec son frère et ses neveux il y a un mois. Un mois d’un voyage infernal traversant sept pays et la Méditerranée : "On a fui la guerre, la mort. Là-bas tout est horrible pour les femmes, les enfants. Le danger partout. Maintenant, c’est la France pour nous. Ce si joli pays des droits de l'Homme. Ces droits qu’on a perdus en Syrie. On veut juste vivre en sécurité. Je voudrais dire aux Français qu'on les aime déjà comme des amis. Que nous sommes des gens gentils et bien élevés. Je vais vite apprendre votre langue ".

"On est tellement heureux que la fatigue s’envole "

Sabba est professeur d’anglais. Elle parle aussi russe et répète qu’elle va apprendre très vite le français. "On va acheter des livres pour ça ", ajoutent Ossama, Mohamed et Amin qui s’essayent à quelques mots : "Bonjour, Bonsoir. Et comment ca va ?Merci. Merci beaucoup ".

"J’adorerais reprendre mon cursus à l’université française. "

Les trois garçons étaient étudiants à la faculté Alep : "On ne connaît rien de la France mais on c’est un nouveau départ.  On est tellement heureux que la fatigue s’envole ", se réjouit l'un. "J’étudiais avant la guerre, pour devenir ingénieur. J’adorerais reprendre mon cursus à l’université française. Je peux vous croyez ? ", se demande son compagnon. "Au départ on pensait que la France était un pays fermé, on n'avait aucun espoir d’y aller. Alors là, je suis super heureux ! La France est un grand pays avec une grande culture ", ajoute le troisième.

"Je vais sous la tour Eiffel, acheter des médicaments et manger du bon pain "

Des bénévoles de la Croix rouge française et de l’ordre de Malte, venus de Paris, chargent les soutes des autocars de malles remplies de biscuits, de sandwichs et de boissons pour le voyage. Des jeunes réfugiés en profitent pour entonner des chants syriens dont ils ont adapté les paroles : "Je pars pour la France, loin loin de la Syrie... ", dit la chanson.  "Je vais sous la tour Eiffel, acheter des médicaments et manger du bon pain ".

(Oussama, un Irakien de 25 ans, souhaite pouvoir terminer ses études d'ingénieur en France. © Jean-Marie Porcher)

"C'est un beau moment pour ces personnes. C'est un soulagement pour elles, nous le savons, après un terrible parcours"

Ce moment hors du temps dans la pénombre de ce parking de la banlieue de Munich émeut jusqu’aux fonctionnaires de l’OFPRA, pourtant concentrés sur leur mission. Leur directeur Pascal Brice : "C'est un beau moment pour ces personnes. C'est un soulagement pour elles, nous le savons, après un terrible parcours. Ce sont des réfugiés, ils relèvent du droit d'asile. Ils ont fui la guerre, les conflits, les persécutions. Ils vont rejoindre maintenant la France, régler leur situation juridique, leurs titres de réfugiés, leurs titres de séjours. S'occuper aussi de leur santé, notamment des enfants. Et puis au bout de quelques semaines, parce que c'est une procédure rapide, ils pourront, en tant que réfugiés, construire une vie normale dans notre pays ".

A l'arrivée, ces réfugiés seront accueillis dans un foyer de travailleurs et un centre de loisirs de région parisienne. En attendant, c’est parti pour  850 kilomètres de route. Les bus démarrent. A travers les vitres, plusieurs exilés font avec leurs mains le V de la victoire. 

(22h30, premier départ. Une centaine de Syriens et d'Irakiens rejoingnent la région parisienne. © Jean-Marie Porcher)
 

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