Prisons : un rapport pointe du doigt "l'omerta" des violences contre les détenus

Une surveillante de prison.
Une surveillante de prison. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

Dans son rapport publié lundi, l'Observatoire international des prisons fait un état des lieux des violences commises par des surveillants. Une enquête de douze mois dans laquelle témoignent victimes, gardiens, médecins ou encore avocats.

Des prisons surpeuplées où la violence s'érige parfois en système : c'est l'une des conclusions d'un rapport publié lundi 3 juin par l'Observatoire international des prisons (OIP), qui alerte sur la chape de plomb qui règne sur les violences de surveillants contre les détenus.

Après une enquête d'une ampleur inédite, l'association de défense des droits des détenus dresse un état des lieux de ces violences, décrypte les rouages qui leur permettent de se perpétuer et propose des recommandations pour mettre fin au rèdne de "l'omerta" et de "l'impunité".

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Ces deux dernières années, l'OIP a reçu près de 200 appels ou courriers de détenus qui déclarent avoir subi des violences de la part des personnels pénitentiaires. Cela représente deux signalements par semaine en moyenne. Pourtant, il n'existe aucune étude statistique officielle sur ces types de violences, explique l'OIP.

Le parcours du combattant pour porter plainte

L'OIP s'est concentrée sur les violences physiques, qui vont de la petite claque aux coups répétés de la part des surveillants pénitentiaires à l'encontre des détenus. Quand un prisonnier veut porter plainte contre un gardien, il se heurte a de nombreux obstacles. Les dossiers sont souvent classés sans suite. "La parole d'un détenu sera toujours dévalorisée par rapport à la parole d'un surveillant", affirme un magistrat dans le rapport. Le rapport précise par ailleurs que parmi les surveillants condamnés en dix ans, la plupart ont écopé de peine de prison avec sursis.

Pour son enquête, l'OIP a mené une centaine d'entretiens avec des victimes, des surveillants, des directeurs de prison mais aussi des magistrats, des avocats, des médecins. De nombreux témoignages ont été faits de manière anonyme, par crainte de représailles.

Plus de transparence pour combattre les violences

L'association déplore "le secret" qui entoure ces violences. Leurs auteurs "multiplient les stratégies pour que celles-ci soient tues". Les détenus, eux, préfèrent se taire "face aux risques de représailles ou de bouleversements dans le cadre de l'exécution de leur peine". L'esprit de corps entre surveillants favoriserait également cette "omerta".

Pour rendre ces violences plus visibles et les combattre, l'OIP propose notamment de publier des données sur le nombre de poursuites engagées. Elle recommande également la mise en place de dispositifs permettant d'accompagner les plaignants dans leurs recours juridiques et d'améliorer la procédure de signalement, sur le modèle de l'IGPN, la police des polices.

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