Le rapprochement des prisonniers de l'ETA est nécessaire au nom de "l'État de droit" et du "vivre-ensemble"

Environ 1 600 personnes ont manifesté à Bayonne, samedi 16 juin, pour demander le rapprochement des prisonniers de l\'ETA.
Environ 1 600 personnes ont manifesté à Bayonne, samedi 16 juin, pour demander le rapprochement des prisonniers de l'ETA. (IROZ GAIZKA / AFP)

Le sénateur LR des Pyrénées-Atlantiques Max Brisson se dit favorable au rapprochement géographique des anciens membres de l'ETA qui sont emprisonnés. Une main tendue pour éviter de "régénérer à nouveau ce qui a provoqué à l'origine le conflit".

Environ 1 600 personnes ont manifesté dans les rues de Bayonne samedi 16 juin pour réclamer le rapprochement géographique des prisonniers basques condamnés pour leur participation au groupe terroriste ETA, ainsi que la libération de quatre Français, condamnés pour leur participation à un commando itinérant et meurtrier de l'ETA, baptisé le "commando Agala", dans les années 80. Incarcérés depuis 28 ans, leurs peines de sûreté sont dépassées et leurs requêtes de libération conditionnelles systématiquement rejetées. 

"Nous devons prendre acte de la dissolution de l'ETA et on doit aujourd'hui appliquer le droit", a réagi, dimanche sur franceinfo, Max Brisson, sénateur Les Républicains des Pyrénées-Atlantiques. 

franceinfo : Le "commando Argala" aurait perpétré 22 actions criminelles en Espagne entre 1978 et 1990, faisant 37 morts. Est-ce qu'il faut donc considérer que 28 ans de prison pour ces crimes c'est suffisamment long ?

Max Brisson : Il ne faut pas oublier les victimes, il s'agit ici d'une organisation terroriste qui a semé la terreur et fait beaucoup de morts. Mais on n'est plus dans une période d'exception. Je crois que les élus du Pays basque, toutes tendances politiques confondues, souhaitent tout simplement que l'on applique le droit, celui que l'on applique à tous les prisonniers de droit commun, comme c'était nécessaire quand l'ETA ponctionnait ses réseaux dans les prisons.

En quoi la dissolution de l'ETA devrait influer sur une décision de justice ?

Pendant très longtemps, l'administration pénitentiaire et la justice française ont à juste titre développé des mesures d'exception vis-à-vis des prisonniers de l'ETA parce que c'était des combattants. De leur point de vue, ils étaient en réseau et ils étaient organisés, même dans les prisons françaises, par ETA. Cela n'existe plus. ETA a désarmé, ETA a prononcé sa dissolution, nous sommes dans un processus de paix. Alors, il faut être clair, en France, il n'y a pas eu la même intensité de violence et de terreur que l'on a connue en Espagne, la France était avant tout une base arrière. Il est évident que l'on ira vers un processus de vivre-ensemble et d'apaisement que si, peu à peu, on a des gestes qui vont dans ce sens-là. 

L'ETA, en prononçant sa dissolution, a eu un geste fondamental, il était attendu, il est maintenant sur la table. On ne peut pas rester dans une position totalement figée sinon on peut régénérer ce qui a provoqué le conflit à l'origine.Max Brissonfranceinfo

Vous, vous ne demandez pas l'amnistie, mais un rapprochement des prisonniers basques vers le sud-ouest. Pourquoi ?

Ce sont des raisons d'abord humanistes. Moi, je suis Français, j'appartiens au pays des droits de l'homme, au pays de Voltaire. Il n'y a pas de double peine. Il n'y a pas de raison que l'on n'applique pas aux prisonniers basques, qui doivent purger leur peine dans le cadre de l'Etat de droit, ce qu'on applique à d'autres détenus. Je demande simplement que l'on applique les mesures habituelles d'un État démocratique, d'un État de droit et d'un pays qui a été celui du siècle des Lumières. C'est dans ce cadre-là que je me place. Après, je ne suis pas non plus naïf, je sais que la gauche nationaliste aujourd'hui exploite politiquement la question des prisonniers et d'ailleurs le gouvernement français devrait aussi se rendre compte de cela, parce que cette exploitation peut servir des desseins politiques. Nous travaillons ici beaucoup à cet apaisement, nous aimerions que Paris l'entende et Madrid aussi.

Il y a eu en tout près de 850 morts en France et en Espagne. Vous pensez que le Pays basque est prêt pour cette réconciliation ?

Nous avons, côté français, fait des pas considérables vers le rapprochement, le vivre-ensemble. Côté espagnol, bien sûr, c'est beaucoup plus difficile. Je crois aujourd'hui qu'il appartient aux institutions basques du côté espagnol et en particulier au Parti nationaliste basque, qui gouverne le Pays basque espagnol, de travailler avec Madrid à ce rapprochement. Nous avons fait une part du chemin ici, je crois que maintenant le relais doit être pris en Pays basque espagnol, parce que c'est bien là que se trouve l'essentiel du nœud gordien. Mais je crois que ce que nous avons fait sur les prisonniers, sur le désarmement, a contribué d'ailleurs à cette ambiance qui a permis la dissolution de l'ETA. C'est formidable, parce que nous avons connu quand même des années très difficiles, nous ne voulons pas y retourner, et c'est la raison pour laquelle, même si ce n'est pas toujours compris à Paris, nous tendons cette main tout en étant ni naïf ni médisant de la souffrance des victimes.

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