Pourquoi Pôle emploi est "au bord de l'implosion"

Débordés, certains conseillers ne peuvent accorder que dix minutes à chaque demandeur d\'emploi.
Débordés, certains conseillers ne peuvent accorder que dix minutes à chaque demandeur d'emploi. (GUILLAUME BONNAUD / SUD OUEST / MAXPPP)

Né il y a trois ans, l'établissement se trouverait dans une situation accablante. Les agents doivent y faire face à une charge de travail démesurée, révèle "Le Parisien".

A Pôle emploi, il y a les chiffres officiels, et la triste réalité, révélée mardi 17 janvier par Le Parisien-Aujourd'hui en France. Dans son enquête, le quotidien note que "la moyenne flirte avec les 200 chômeurs par conseiller" dans certains départements, si bien que les agents sont obligés de se concentrer sur les cas les plus urgents. La grogne monte, autant chez les conseillers que chez les usagers.

• Que révèle "Le Parisien" ?

Il est loin, le chiffre idéal de 60 demandeurs d'emploi par conseiller, annoncé lors de la création de Pôle emploi en 2008. La moyenne officielle est désormais de 115 demandeurs d'emploi par agent. Mais selon les syndicats, les chiffres officiels sont "manipulés" pour minimiser les moyennes. Et Le Parisien révèle des données plus extrêmes encore : le record est atteint à Yerres (Essonne), avec 655 chômeurs pour un conseiller. 

En Ile-de-France, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne sont les départements les plus touchés, avec des chiffres de 198 et 193 chômeurs par agent, établis par Le Parisien. Dans les autres régions, la palme revient à Brest (Finistère) et Talence (Gironde) avec 212 et 190 chômeurs par conseiller. 

• Pourquoi Pôle emploi est-il en crise ?

Pôle emploi ne cache pas ses difficultés : "On est confrontés à une remontée spectaculaire du chômage, explique un porte-parole, et, dans le même temps, la réalité des finances publiques du pays fait que nous n'avons pas de marges de manœuvre budgétaire à Pôle emploi. En clair, pour l'heure, on ne peut pas embaucher."

Près d'un million de personnes supplémentaires se sont inscrites à Pôle emploi entre 2008 et 2011. Un afflux qui a fait voler en éclats la réorganisation du service public de l'emploi, constate Le Parisien. Né de la fusion de l'ANPE et de l'Unedic en 2008, Pôle emploi devait simplifier la vie des chômeurs en leur proposant un guichet unique pour leurs recherches d'emploi et leur indemnisation.

Mais la désorganisation a vite pris le pas et les violences contre les agents se multiplient, comme le montre ce reportage de France 2 réalisé fin décembre à Rosny-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis.

Paul Sanfourche et Julien Abassa – France 2

• Comment les agents s'adaptent-ils ?

Face à cette situation catastrophique, des conseillers interrogés par Le Parisien se sont dits "obligés de jongler" et de se concentrer sur les cas les plus urgents. L'un voit ses 300 demandeurs d'emploi "une fois par trimestre", l'autre leur accorde dix minutes d'entretien par téléphone au lieu de les rencontrer personnellement. Certains conseillers choisissent même de convoquer les chômeurs par petits groupes.

La direction de Pôle emploi doit elle aussi revoir ses ambitions à la baisse. Exit le suivi mensuel personnalisé, la mesure phare qui visait à ce que chaque demandeur soit reçu une fois par mois. Le principe est désormais de "mettre l'accent sur les personnes qui ont le plus besoin d'être accompagnées dans leur recherche, explique-t-on au siège. Celles-là seront reçues tous les mois dès leur inscription, les autres seront reçues tous les trois mois avec un grand entretien au neuvième mois", avant de basculer dans le chômage de longue durée.

• Comment les conseillers protestent-ils ?  

Le ton monte depuis l'automne chez les agents de Pôle emploi. En octobre, des grèves et occupations d'agences ont eu lieu, notamment dans le Finistère, relate Le Télégramme. En novembre, un rassemblement a été organisé à Paris pour protester contre les mauvaises conditions de travail et les agressions, devant les caméras de France Télévisions.

FTVi

Ce mardi 17 janvier, de nombreuses agences Pôle emploi devraient être occupées à travers toute la France, comme le précise Libération.

• Que propose le gouvernement ?

Plusieurs pistes seront abordées mercredi à l'Elysée lors du sommet social, rebaptisé "sommet contre la crise". L'accent devrait être mis sur la formation des chômeurs, pour éviter le basculement dans la trappe du chômage de longue durée. Autre piste, une mesure incitative pour les entreprises, sous forme de bonus-malus sur les cotisations chômage : les entreprises favorisant la précarité des travailleurs seraient pénalisées, les autres encouragées.

De leur côté, les syndicats devraient réclamer des moyens supplémentaires. "Pôle emploi a supprimé 1 500 postes en trois ans, il faudrait au minimum en recruter autant", estime François Chérèque, secrétaire général de la CFDT.

Le taux de chômage en France est aujourd'hui de 9,4 %.

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