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Une publicité pour La Manif pour tous distribuée avec le journal "La Croix" déclenche la polémique

Un encart de La Manif pour tous a été distribué aux abonnés avec le journal "La Croix", le 6 septembre 2018.  (Twitter / Emmanuel Goubert)

Les abonnés du quotidien national ont reçu jeudi matin un tract du collectif d'associations avec leur édition du jour. La direction de la rédaction préfère parler de publicité. 

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Comment un encart de La Manif pour tous s'est-il retrouvé fourni avec La Croix ? C'est la question que se sont posée certains lecteurs du quotidien, jeudi 6 septembre. L'ensemble des abonnés, "hormis quelques exceptions", indique le journal à franceinfo, ont trouvé, dans une enveloppe fournie avec le journal, un document du collectif qui a combattu le mariage pour tous. Selon le quotidien, joint par franceinfo, il était indiqué sur cette enveloppe qu'il s'agissait d'une publicité, "comme c'est la règle", précise un journaliste. 

Cet accord commercial a donné lieu à de nombreuses critiques, notamment sur Twitter, où certains lecteurs ont fait part de leur déception, allant parfois jusqu'à demander des excuses au journal. 

"Relayer des messages homophobes contre les familles homoparentales est inacceptable pour un journal en principe sérieux comme La Croix", a réagi Joël Deumier, le président de SOS Homophobie. L'association des journalistes LGBT a également réagi en s'interrogeant sur "la déontologie" du journal La Croix, soulignant que le titre jette ainsi "le discrédit" sur le travail de ses journalistes sur les sujets LGBT.

Les journalistes ont été prévenus hier

L'encart en question, composé d'une photo et d'une vingtaine de lignes de texte, est barré de l'inscription "Rentrée bioéthique à hauts risques". Il affirme notamment que la "rentrée 2018 est marquée par de graves périls pour enfant", faisant référence aux débats parlementaires autour de la PMA, qui devraient commencer au début de l'année 2019. 

Selon les informations recueillies par franceinfo, le visuel a été validé par la direction de la rédaction. "Il ne s'agit pas d'un tract qui engagerait la position de la rédaction", insiste-t-on du côté du service de communication. Pour cause : les chefs de service ont été prévenus hier, de sources concordantes. Certains rédacteurs l'ont appris hier auprès de leur chef, d'autres l'ont découvert ce matin sur Twitter"On nous l'a dit avant parce que ce n'est pas la première fois que ça arrive. La première fois, on l'avait découvert le lendemain. Ça avait suscité des réactions", rappelle un journaliste. "Je pense qu'ils nous ont prévenus la veille parce qu'ils sentaient que ça allait être polémique", explique une autre. 

"C'est une annonce parmi d'autres"

De l'avis de plusieurs rédacteurs, la décision n'a pas fait l'unanimité auprès des journalistes, sans pour autant provoquer "de grands débats" ou de "révolution", mais plutôt "quelques remarques un peu ironiques""Ça a un peu fait jaser dans mon service", glisse l'une d'entre elles, tandis qu'un autre rappelle, sur la même ligne que la direction, qu'il n'est pas inhabituel que des associations cherchent à s'adresser aux lecteurs de La Croix. "Il y a souvent ce genre de lettres du CCFD (Comité catholique contre la faim et pour le développement), de Handicap International, bref de gens qui cherchent à s'adresser à nos lecteurs. C'est une annonce parmi d'autres, je ne sais pas pourquoi cette publicité retient un peu plus l'attention qu'une autre", observe pour sa part un journaliste.

Je pense qu'il faut avoir un peu de mauvaise foi pour dire que ça porte atteinte à la crédibilité du journal. Il s'agit d'une publicité pour laquelle les journalistes n'ont pas été contactés.Un journaliste de "La Croix"à franceinfo

Ce même rédacteur assure que la Commission permanente d'étude et de coopération (Copec), qui gère la vie collective de la rédaction, reste vigilante sur la séparation entre "le marché de la publicité et le travail de rédaction", même si La Croix reste "une entreprise qui a besoin de vivre".