Mariage pour tous : pourquoi la manif des opposants pourrait dégénérer

Des opposants au mariage pour tous manifestent place de la Sorbonne, à Paris, le 16 mai 2013.
Des opposants au mariage pour tous manifestent place de la Sorbonne, à Paris, le 16 mai 2013. (MAXPPP)

Les opposants au mariage des homosexuels se rassemblent dimanche. Avec l'envie d'en découdre. Voici trois indices qui laissent penser que cette nouvelle "manif pour tous" est à haut risque. 

Même Frigide Barjot n'est pas certaine de se rendre au rassemblement. La manifestation des opposants au mariage pour tous, dimanche 26 mai, à Paris, s'annonce tendue, voire violente. Le ministère de l'Intérieur attend 200 000 à 300 000 manifestants. En marge des cortèges organisés, des militants d'extrême droite, qui pourraient être entre 400 et 500, ne se mêleront pas forcément à la foule mais seront bien présents avec l'"envie d'en découdre", selon un policier interrogé par l'AFP. Francetv info liste trois indices qui laissent penser que la manifestation va dégénérer.

Une communication de guerre

Pour Christine Boutin, c'est sûrement la "dernière" manif pour tous, mais pas pour tous les manifestants... "La bataille ne fait que commencer" : le Printemps français, nébuleuse sans structure échappée de La Manif pour tous, file la métaphore guerrière. Dans un communiqué intitulé "Ordre du jour numéro un", publié mercredi, le collectif désigne des "cibles", dénonce la "collaboration" de partis comme l'UMP, passée "dans le camp ennemi".

Sur Twitter, les internautes se revendiquant du Printemps français passent leurs journées à galvaniser les troupes en martelant des slogans. Une carte de la "bataille navale du 26 mai" (en grand format ici) a été postée sur le compte @FrançaisRevolte. Y apparaissent des lieux où pourraient être menées des actions coup de poing : ministères, sièges de médias, centres LGBT…

Des groupes extrémistes connus, comme le Renouveau français, les Jeunesses nationalistes ou le GUD, longtemps endormis ou discrets, profitent de "l'effet d'aubaine" de La Manif pour tous, depuis le début du mouvement. Ces derniers jours, ils ont fait du suicide de l'essayiste d'extrême droite Dominique Venner un symbole de leur lutte. Un blog de cette mouvance appelle même à "venger", "en bons légionnaires", la mort de cette figure du nationalisme.

L'expérience des derniers rassemblements

Au soir du vote de la loi à l'Assemblée, mardi 23 avril, la manifestation des opposants au mariage des homosexuels a dégénéré. Douze personnes ont été arrêtées à Paris après avoir jeté parpaings et bouteilles en direction des CRS et des journalistes. Certains manifestants radicaux étaient venus préparés : lunettes de ski, foulards, capuches et cagoules pour rester discrets et se protéger des gaz lacrymogènes. Des journalistes présents ce soir-là ont reconnu dans les slogans les thèmes du GUD et du Renouveau français.

Les opposants au mariage pour tous, fidèles à leur slogan, n'ont rien lâché depuis. Si certains restent pacifistes et organisent des veillées et des prières de rue, des affrontements entre militants et forces de l'ordre continuent d'émailler les manifestations depuis le vote du texte. Une équipe de télévision locale a été agressée, à Rennes le 5 mai, et un policier a été aspergé de liquide allume-feu, à Paris le 18 mai.

Les services de sécurité renforcés

Les organisateurs eux-mêmes ont conscience de la menace. La porte-parole de La Manif pour tous, Frigide Barjot, dit craindre pour sa propre sécurité. Elle a demandé à Manuel Valls des effectifs de police renforcés pour exfiltrer "les fauteurs de troubles qui agissent en marge de nos manifs et créent des problèmes", et pour protéger les porte-parole qui reçoivent "des menaces de mort". Le collectif a, en plus, embauché quatre sociétés de sécurité pour épauler son service d'ordre, constitué de bénévoles.

A l'UMP, Nathalie Kosciusko-Morizet s'est déclarée "inquiète" vendredi, et a demandé à la préfecture de police de Paris de ne pas être "prise en défaut". Selon une source policière, les manifestants devraient être encadrés par quelque 4 500 policiers et gendarmes, soit un millier de plus que lors de la grande manifestation nationale du 24 mars, émaillée de quelques incidents près des Champs-Elysées.

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