Les actes homophobes ont augmenté en France en 2017, pour la deuxième année consécutive

Un ruban \"scène d\'homophobie\" imitant celui empêchant l\'accès à une scène de crime a été installé dans la rue à Paris, le 16 septembre 2014, par des membres de SOS Homophobie pour alerter sur la discrimination homophobe.
Un ruban "scène d'homophobie" imitant celui empêchant l'accès à une scène de crime a été installé dans la rue à Paris, le 16 septembre 2014, par des membres de SOS Homophobie pour alerter sur la discrimination homophobe. (PATRICE PIERROT / CROWDSPARK)

L'ensemble des actes homophobes est en hausse de quasiment 5%, et les agressions physiques augmentent nettement (+15%), selon l'association SOS Homophobie. 

L'homophobie reste "très ancrée en France". Pour la deuxième année consécutive, les actes homophobes ont augmenté en 2017, selon le rapport annuel de SOS Homophobie dévoilé mardi 15 mai. L'an dernier, l'association "a recueilli 1 650 témoignages d'actes" homophobes. Soit une augmentation de 4,8% par rapport à 2016, année qui avait déjà enregistré une forte hausse (+19,5%), observe SOS Homophobie. Après le pic constaté en 2013 (3 517 témoignages), lié à l'adoption de la loi sur le mariage pour tous, le niveau "se situe dans la fourchette haute" des années qui ont précédé la loi Taubira, souligne SOS Homophobie.

La délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme, et la haine anti-LGBT a elle dénombré 1 026 crimes et délits à caractère homophobe, dans un rapport dévoilé mardi. Un chiffre stable par rapport à 2016 (+0,58%). La différence entre les chiffres de l'association SOS Homophobie et ceux de la délégation interministérielle (rattachée au ministère de l'Intérieur) peut s'expliquer par le fait que cette dernière ne comptabilise que les cas où il y a un dépôt de plaintes et où le caractère homophobe est pris en compte.

Manifestations de rejet et insultes

Parmi les témoignages recueillis par SOS Homophobie, dont certains pouvaient cumuler plusieurs actes homophobes, les manifestations de rejet (62%) et les insultes (52%) sont les faits les plus fréquemment relevés, devant les cas de discrimination (34%), de harcèlement (20%) et de menaces et chantage (19%). Plus inquiétant, les agressions physiques repartent à la hausse (+15%), après plusieurs années de baisse, avec 139 cas recensés en 2017, contre 121 en 2016 selon ce rapport.

Les victimes sont le plus souvent des hommes (58%), jeunes (56% ont moins de 35 ans, quand leur âge est connu). Lieux publics, travail, voisinage, famille, école, commerces et services : dans plus d'un cas sur deux (55%), l'homophobie survient "dans les contextes relatifs à la vie quotidienne", note l'étude. Les cas relevant du voisinage (+84%) et du milieu scolaire (+38%) explosent ainsi. Cela "a de quoi alarmer dans la mesure où le domicile est censé être un lieu où l'on se sent en sécurité", souligne SOS Homophobie, qui rappelle par ailleurs que "'PD' reste l'insulte la plus prononcée dans les cours de récréation". 

"Ta voix de tarlouze"

Parmi les témoignages, souvent très durs, celui de Mickaël et Gabriel, un couple de Toulousains, qui n'invitent "plus personne à la maison de peur d'être insultés" par leur voisin qui, un jour, a vociféré : 

Hitler a mal fait son travail, je vais vous balancer une bouteille d'essence chez vous et vous faire brûler.Un voisin de Mickaël et GabrielSOS Homophobie

A l'école, les insultes sont le plus souvent proférées entre élèves, mais sont parfois le fait des enseignants. Ainsi, le témoignage d'un stagiaire dans un établissement spécialisé à qui le formateur intime d'arrêter de parler "avec [sa] voix de tarlouze". Malgré ce constat assez sombre, SOS Homophobie dit espérer que l'année 2018, marquée par les débats bioéthiques sur l'ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux lesbiennes et aux femmes célibataires, ne se traduira pas par "une hausse des actes LGBTphobes et des agressions physiques".