La victoire de NKM signe-t-elle l'échec de La Manif pour tous ?

Nathalie Kosciusko-Morizet après sa victoire à la primaire de Paris pour les municipales 2014, le 3 juin 2013, devant son QG.
Nathalie Kosciusko-Morizet après sa victoire à la primaire de Paris pour les municipales 2014, le 3 juin 2013, devant son QG. (MAXPPP)

Alors que les opposants au mariage pour tous avaient appelé à faire battre l'ancienne ministre lors des primaires à Paris, la présidente du collectif refuse de parler d'échec et compte poursuivre sa stratégie. Interview.

La Manif pour tous est-elle la grande perdante de la primaire UMP à Paris ? La large victoire de Nathalie Kosciusko-Morizet, lundi 3 juin, le laisse penser. Elue au premier tour pour représenter son camp lors des élections municipales à Paris, l'ancienne ministre rassemble 58,16% des suffrages.

Pourtant, la députée de l'Essonne a notamment dû faire face au rejet des opposants au mariage pour tous, qui ne lui pardonnent pas de s'être abstenue lors du vote de la loi Taubira. Pour l'ancienne ministre UMP Roselyne Bachelot, "La Manif pour tous a échoué dans sa tentative pour faire battre NKM". Le collectif, qui a réussi à organiser une mobilisation massive dans les rues pendant plus de six mois contre le mariage pour tous, espère transformer l'essai avec les municipales, en lançant une opération baptisée "Du bitume aux urnes". Une façon de donner du poids à La Manif pour tous dans le débat politique et de pérenniser ses idées. 

La victoire de Nathalie Kosciusko-Morizet au premier tour signe-t-elle l'échec de La Manif pour tous ? Francetv info a posé la question à Ludovine de La Rochère, la présidente du collectif. 

Francetv info : Votre appel implicite à faire battre NKM et à peser sur la primaire de l'UMP à Paris ne semble pas avoir été entendu. Comment l'expliquez-vous ?

Ludovine de La Rochère : Nous constatons que les résultats ne sont pas du tout ceux qui ont été annoncés à grand renfort de certitude il y a quelques semaines. Il y a eu des candidats qui ont eu beaucoup plus de voix que prévu et ont même réalisé des scores importants [les deux candidats proches de La Manif pour tous, Jean-François Legaret et Franck Margain, ont obtenu respectivement 20,40% et 10,34%].

Cela étant dit, nous prenons acte de la victoire de Nathalie Kosciusko-Morizet. Et nous l'appelons, ainsi que Anne Hidalgo (PS), à se positionner en vue des élections municipales très clairement et très vivement sur les conséquences de la loi Taubira, qui sont la procréation médicalement assistée (PMA) et la gestation pour autrui (GPA).

Vous avez dit avoir rassemblé à plusieurs reprises plus d'un million de personnes dans la rue, mais vous ne semblez pas avoir pesé sur l'issue du scrutin... 

Nous ne sommes pas déçus. Nous sommes un mouvement de la société civile, nous ne sommes pas un parti politique. Nous ne nous étions pas prononcés pour ou contre des candidats. Nous avions simplement énoncé quelle était la position de chacun sur la loi Taubira. Les électeurs en tirent les conséquences comme ils le souhaitent. 

La présidente de la Manif pour tous, Ludovine de La Rochère, lors d\'une conférence de presse, le 5 mai 2013 à Paris.
La présidente de la Manif pour tous, Ludovine de La Rochère, lors d'une conférence de presse, le 5 mai 2013 à Paris. (LOIC VENANCE / AFP)

Et il faut bien voir que ces élections se sont déroulées dans des circonstances délicates, difficiles, avec des soupçons, des débats houleux et des polémiques... Sans oublier que nous sommes un mouvement national, ici il s'agissait d'un vote spécifique aux Parisiens et à ceux qui se reconnaissent dans l'UMP, sachant que beaucoup de Parisiens votent en province. J'observe qu'à Lyon, les candidats qui iront au second tour de la primaire UMP sont des élus qui ont soutenu La Manif pour tous et ont même participé aux manifestations... 

Vous allez donc poursuivre cette stratégie en tentant de peser sur les scrutins locaux ?

Absolument, nous pouvons peser sur toutes les échéances à venir, et pas seulement locales. Nous luttons contre des projets extrêmement négatifs à l'égard des familles. Et la famille, sujet fondamental, est plébiscitée par les Français. Nous pensons donc que nous pouvons nous faire entendre car c'est l'intérêt général, c'est l'avenir de la société qui est en jeu. Chaque Français est donc concerné, nous agirons évidemment auprès des politiques. 

Nous ne politisons pas, nous informons les Français sur les positions de chacun, ils en tirent eux-mêmes les conséquences. Ensuite, c'est le rôle des politiques d'écouter les Français. Il est donc tout à fait normal qu'un mouvement citoyen comme le nôtre se batte pour qu'un sujet aussi fondamental soit bien un enjeu prioritaire pour les élections à venir. 

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