"Caricature de l’homosexuel", "paresse intellectuelle"... "Epouse-moi mon pote" étrillé par la critique et les associations

L\'affiche du film \"Epouse-moi mon pote\", sorti mercredi 25 octobre en France.
L'affiche du film "Epouse-moi mon pote", sorti mercredi 25 octobre en France. (AXEL FILMS PRODUCTION / COLLECTION CHRISTOPHEL / AFP)

Sorti mercredi dans les salles, le film de Tarek Boudali semble faire l'unanimité contre lui, notamment car il véhicule "des clichés identiques à ceux d'il y a quarante ans", selon Didier Roth-Bettoni, auteur de "L’Homosexualité au cinéma".

Blagues potaches ou homophobie ? Les reproches se multiplient depuis la sortie du film Epouse-moi mon pote de Tarek Boudali, mercredi 25 octobre. Plusieurs associations ont notamment dénoncé les stéréotypes et les lourdeurs du film à propos de l'homosexualité et du mariage pour tous. Les critiques de cinéma, eux, sont divisés sur l'intérêt du film.

Le pitch de cette comédie est assez simple. Un jeune étudiant marocain vient à Paris faire ses études d’architecture mais se retrouve en situation irrégulière après avoir raté son concours... Pour y remédier, il se marie avec son meilleur ami. Et, vous vous en doutez, tout ne va pas se passer comme prévu à cause d'un enquêteur bien décidé à ne pas laisser passer ce "mariage blanc". 

"Ni cynique ni malveillant"

"On en revient toujours à la caricature de l’homosexuel efféminé et obsédé sexuel. On peut rire de beaucoup de choses… quand c’est drôle ! Quand c’est simplement de la paresse intellectuelle et des clichés identiques à ceux d’il y a quarante ans, ce n’est pas amusant", déplore Didier Roth-Bettoni, auteur de L’Homosexualité au cinéma, dans 20 Minutes. "Le scénario aurait été intelligent si, justement, il avait raconté la même chose et créé des situations comiques sans recourir à ces clichés", renchérit le créateur du Queer Cinéma Club, Franck Finance-Madureira.

De quoi mobiliser les associations qui luttent contre l'homophobie. "Les blagues qui sont faites tendent à surfer sur les stéréotypes qu'on a sur les homosexuels, a réagi le président de SOS Homophobie, Joël Deumier, sur BFMTV. On ramène par exemple beaucoup les situations au sexe. Il y a une réplique où on dit aux deux personnages, 'ce soir, vous allez sabrer le champagne', et ils répondent 'non, on va plutôt sabrer des bites'. Il faut bien se rappeler qu'un des stéréotypes associés à l'homosexualité, c'est l'hypersexualisation."

Le film a aussi divisé les critiques de cinéma. "Sous ses atours progressistes et pacifiques, 'Epouse-moi mon pote' véhicule ainsi l’idée assez rance que l’homosexualité s’implante par la pratique (en jouant au gay, on peut le devenir !) et se développe par capillarité", s'insurge Guillaume Loison de L'Obs. "La bande-annonce, pleine de clichés sur les gays, laissait craindre le pire, s'inquiétait, de son côté, Nicolas Didier de TéléramaHeureusement, Epouse-moi mon pote ne se révèle ni cynique ni malveillant. Ce n’est pas de la communauté homo dont le film se moque, mais plutôt de la méconnaissance des deux potes hétéros, avec leurs idées préconçues sur celle-ci."

Face aux nombreuses critiques, le réalisateur, Tarek Boudali, s'est défendu en assurant qu'il ne voulait "blesser aucune communauté, ni les sans papiers, ni les homosexuels", le 20 octobre sur le plateau de "C à vous", sur France 5. Il a aussi déclaré qu’il était "très important" pour lui de "dédramatiser ce qu’il y a eu autour du mariage homosexuel" en traitant ce sujet "de manière légère". Le pari semble raté.

Vous êtes à nouveau en ligne