Suicide des policiers : "Nous les familles on est les premières victimes", témoigne la porte-parole de l'association de femmes de policiers

\"Le malaise de la police, ça fait 10 ans qu\'il est à son apogée\", dénonce Perrine Sallé. En 2008, ils manifestaient déjà leur colère aux côtés des fonctionnaires hospitaliers et territoriaux. 
"Le malaise de la police, ça fait 10 ans qu'il est à son apogée", dénonce Perrine Sallé. En 2008, ils manifestaient déjà leur colère aux côtés des fonctionnaires hospitaliers et territoriaux.  (BERTRAND GUAY / AFP)

Quelques 22 000 personnes ont défilé à Paris, mercredi 2 octobre à Paris pour la "marche de la colère" des policiers. Parmi les manifestants, l'association des "Femmes des forces de l'ordre en colère" avait été invitée à se joindre au cortège. Sur franceinfo, la porte-parole parle de la peur permanente des suicides.

La porte-parole de l'association "Femmes des forces de l'ordre en colère" (FFOC), Perrine Sallé, a qualifié, mercredi 2 octobre sur franceinfo de "beau geste" de la part des syndicats de policiers d'avoir invité son association à défiler lors de la marche de la colère des forces de l'ordre, où les policiers dénoncent leurs conditions de travail et la vague de suicides qui touche les gardiens de la paix depuis le début de l'année.

Les suicides, "une grande angoisse" des compagnes et des familles des policiers, a témoigné Perrine Sallé. "On est directement impacté, on est les premières victimes de ces suicides. J'espère que demain, le gouvernement et le ministre de l'Intérieur pourront enfin entendre qu'il y a une unité au sein de la police nationale et avec les familles, parce que justement ces conditions ne peuvent plus durer", a-t-elle réagi.

Interrogée sur la crainte du suicide dans les familles de policiers, Perrine Sallé a témoigné de son exemple personnel : "C'est une grande angoisse qu'on peut vivre au quotidien. Typiquement, dans ma vie privée, je refuse que mon compagnon rentre avec son arme de service pour une raison qui m'est propre et personnelle. C'est tout simplement que j'imagine qu'un jour, potentiellement mon soutien ne suffise plus et qu'à un moment donné, il ait cette tentation de passer à l'acte."

La peur constante des suicides

"Après, ce n'est que ma réaction personnelle par rapport à cette question du suicide ou au port d'arme hors service. Mais aujourd'hui, il y a une réelle angoisse pour les familles autour de la question du suicide. Quand on avait toute cette vague de suicides avec quasiment un policier tous les deux jours, nous, familles, on avait cette angoisse le matin en se réveillant de savoir qui serait la prochaine veuve. Est-ce qu'on la connaîtrait, est-ce qu'on connaîtrait la famille ?"

Interrogée sur le port d'arme hors service des policiers, Perrine Sallé a estimé que la question ne faisait pas débat. "Malheureusement, ce n'est pas qu'une question d'arme de service. Ce n'est pas une question de port d'arme hors service, c'est une question de mal être."

À force de vouloir essayer de mettre des pansements au-dessus d'une plaie béante et infectée, on arrive à des problématiques qui ne sont pas résolues. On ne peut pas se dire : 'on va enlever l'arme hors service pour limiter les suicides'. C'est faux ! Il faut traiter le fond du problème.Perrine Sallésur franceinfo

"Il faut traiter les conditions de travail, il faut traiter le management de la police nationale. Il faut rajouter de l'humain, parce qu'aujourd'hui nos hommes et nos femmes sont considérés parfois comme des matricules", a ajouté la porte-parole de l'association des femmes des forces de l'ordre en colère.

Parlant de la police comme d'une "grande famille", Perrine Sallé a estimé que cette grande famille était devenue un "huis clos où on travaille et où au final l'humain est oublié" sous l'effet des baisses d'effectifs de ces dernières années.

"Il y a moins d'effectifs, et donc il y a un suremploi des hommes et des femmes. Et derrière ça, il n'y a plus de maintien de la vie de famille. Il n'y a plus de maintien de la vie sociale", a estimé Perrine Sallé.

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