Avec la police de proximité, "les policiers se sentaient valorisés dans leur métier"

Une voiture de police passe devant un médiateur dans le quartier Vandœuvre-lès-Nancy (Meurthe-et-Moselle).
Une voiture de police passe devant un médiateur dans le quartier Vandœuvre-lès-Nancy (Meurthe-et-Moselle). (MAXPPP)

Laurent Muchielli le fondateur de l'Observatoire des délinquances à l'université d'Aix-Marseille, a affirmé jeudi sur franceinfo que la police de proximité "répondait à des attentes" alors que Gérard Collomb doit présenter le nouveau dispositif de police de sécurité du quotidien.

Le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb doit lever le voile sur la police de sécurité du quotidien jeudi 8 février à 15 heures. Le sociologue Laurent Muchielli, chercheur au CNRS et fondateur de l’observatoire des délinquances à l’université d’Aix-Marseille, est revenu sur franceinfo ce jeudi, sur la police de proximité, mise en place entre 1998 et 2003.

franceinfo : La police de proximité fonctionnait-elle ?

Laurent Muchielli : Cela marchait si on osait les conditions pour que cela marche. Cela supposait que la hiérarchie en soit convaincue et que le travail à faire soit présenté de manière valorisante pour les policiers qui allaient dans ces quartiers. Si, au contraire, on leur disait qu'on était obligé de faire la proximité ou que c'était presque une punition, ou à peine mieux que de faire la circulation, c'est sûr que les gens n'y allaient pas. Cela a été très contrasté selon les terrains. Inversement, lorsque tout le monde allait dans le même sens, qu'on savait valoriser, cela marchait, parfois même très bien. Cela répondait à des attentes à la fois de la population et des policiers eux-mêmes. Les attentes de la population, c'est d'avoir un interlocuteur qu'ils peuvent rencontrer sur leur lieu de vie et non en faisant la queue pour aller déposer plainte après un incident. Les policiers se sentaient valorisés dans leur métier.

Quand cela marchait bien, cela avait-il des conséquences en termes de délinquance ?

Cela avait toute une série de conséquences, certaines visibles, d'autres moins. Le problème est que tout ceci n’est généralement pas pensé, pas dit, pas discuté dans le débat public, parce qu'on est emprisonnés dans les termes d'un débat politicien très infantilisant. On oppose la police "gentille" à la police "méchante", la prévention à la répression, toutes ces petites catégories manichéennes. En fait il n'est pas du tout question de cela : le policier qui fait de la police de proximité n'est pas là pour faire ami-ami avec la population. Fondamentalement, il est là pour recueillir du renseignement, ce qui est essentiel parce que cela sert tous les métiers de police, y compris la lutte contre le terrorisme. Si on ne sait pas qui est qui, qui habite telle tour, qui a changé de comportement depuis quelques temps, on ne sait pas. Il est là ensuite pour réguler toute une série de petits désordres de la vie quotidienne, ce qui a des conséquences immédiates.

Les policiers veulent que l'on redonne du sens à leur travail. Ce dernier a-t-il perdu de son sens ?

Oui, il a perdu beaucoup de sens, je pense, du fait de deux choses. D'abord l'organisation de la police avec ce système consistant à retirer les gens de la patrouille à pied, les faire tourner uniquement en voiture et arriver uniquement quand il y a un problème et repartir après, ce qui coupe ce contact permanent. Et puis une autre chose qui a fait beaucoup de mal et perdre beaucoup de sens, c'est la politique du chiffre, poussée à son paroxysme à l'époque de Nicolas Sarkozy entre 2002 et 2012. Elle a été atténuée, mais n'a pas complètement disparu.

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