GPA : les enfants sont traités "comme des sortes d'étrangers dans leur propre pays", déplore la sociologue Irène Théry

La sociologue Irène Théry, invitée de franceinfo le mercredi 17 janvier.
La sociologue Irène Théry, invitée de franceinfo le mercredi 17 janvier. (PHILIPPE RENAULT / MAXPPP)

La sociologue Irène Théry, signataire d'une tribune dans "Le Monde" appelant à "un débat serein et informé sur la gestation pour autrui, appelle à reconnaître des "droits" pour les enfants nés de GPA à l'étranger.

Alors qu'une centaine de personnalités a signé, mardi 16 janvier, une tribune publiée sur le site internet du journal Le Monde, appelant un "débat serein, argumenté et informé" que la gestation pour autrui (GPA), la sociologue Irène Théry, signataire du texte, dénonce mercredi 17 janvier 2018 sur franceinfo des "droits bafoués" pour les enfants nés de GPA. 

Franceinfo : Demandez-vous la légalisation de la GPA ?

Irène Théry : Cette tribune ne demande absolument pas la légalisation de la GPA, même si 64% des répondants à un récent sondage organisé par La Croix et le Forum européen de bioéthique ont répondu que, eux, seraient favorables à une certaine légalisation. Cette tribune va beaucoup moins loin. Elle demande trois choses : des droits pour les enfants nés de GPA à l'étranger, la participation de la France à une convention internationale de lutte contre les "trafics de ventre", sur le modèle de la convention internationale de La Haye contre les trafics d'enfants liés à l'adoption et, enfin, l'ouverture d'un débat serein et apaisé.

Vous écrivez que "les enfants nés de la GPA sont là, on ne peut plus les ignorer comme des fantômes", c'est-à-dire ?

C'est la principale raison d'être de cette tribune. Ces enfants sont là. Vous savez que tous les enfants qui naissent à l'étranger de parents français ont des droits. Ils ont deux droits particulièrement : celui d'avoir la nationalité française et celui de voir leur filiation établie légalement à l'étranger transcrite à l'état civil. Ces enfants, quand ils sont nés de GPA, ont obtenu, en 2013, grâce à Christiane Taubira [alors ministre de la Justice, ndlr], la nationalité française, mais ils n'ont toujours pas la transcription intégrale de leur filiation établie légalement à l'étranger à l'état civil français. On les traite, si vous voulez, comme des sortes d'étrangers dans leur propre pays et dans leur propre nationalité. La Cour européenne a condamné la France cinq fois sur ce problème. Nous demandons simplement que le législateur intervienne à l'occasion de la rénovation des lois de bioéthiques et règle le problème.

Ce serait une forme de légalisation qui ne dit pas son nom selon vous ?

Vous me le dites parce que vous vous faites le porte-parole de ceux qui prétendent cela. Pourquoi la France a-t-elle été condamnée ? La Cour européenne le dit : chaque pays est souverain. Un pays veut interdire la GPA, il a le droit. Un pays peut dire 'nous autorisons la GPA', il a le droit. Chaque pays est souverain, mais aucun pays ne peut bafouer les droits fondamentaux des enfants et c'est pour cela que nous avons été condamnés.

L'opinion publique est-elle vraiment prête d'après vous ?

Levons une bonne fois pour toutes les ambiguïtés. Cette tribune n'appelle pas à la légalisation de la GPA. Elle demande deux, trois choses, dont deux – la convention internationale et les droits des enfants – je le rappelle, sont des engagements de campagne officiels de notre président de la République. Un président qui est, à titre personnel, opposé radicalement à la GPA. Il l'a dit et redit. L'opinion est prête à un débat serein, apaisé, informé, c'est cela que nous demandons, que les Etats généraux de la bioéthique organisent (…). Le mot GPA ne doit pas être un mot tabou, on doit pouvoir en discuter. Moi-même, que l'on présente toujours comme une pro-GPA, je ne suis pas certaine que nous aurions les moyens en France, dans vingt ans, même, de légaliser la GPA, parce que nous n'avons pas les mêmes procédures que les Américains ou les Canadiens en accompagnement. Donc je ne préjuge pas de quoi que ce soit : ce n'est pas le moment.

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