Logement: trêve hivernale des expulsions à partir de ce soir

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Jusqu'au 15 mars, des milliers de locataires menacés d'éviction bénéficieront d'un sursis. Impossible pour les propriétaires de les expulser. Les associations d'aide au logement profitent de cette trêve pour tirer la sonnette d'alarme.

Pendant quatre mois et demi, les locataires qui ne peuvent payer leur loyer ne pourront pas être expulsés de leur logement, même si leur propriétaire engage une procédure contre eux.

Un répit de courte durée mais très attendu par les associations d'aide au logement qui constatent unanimement une précarité croissante.

D'après Benoist Apparu, Secrétaire d'Etat au logement, le nombre de demandes d'expulsions se situe "autour de 100.000 à 110.000" par an. Et seules 10 000 deviennent effectives.
Mais la Fondation Abbé Pierre et son délégué général, Patrick Doutreligne rejettent ces chiffres : " On est plus près des 40.000 interventions manu militari que des 10 000, si on compte tous ceux qui anticipent l'intervention policière, et s'en vont en catimini, avec toutes leurs affaires", pour éviter "la honte".

Pendant les 8 mois où les expulsions sont autorisées, la Fondation Abbé Pierre distingue "trois pics importants d'expulsions" : quand la trêve prend fin, pendant l'été quand les soutiens sont absents et en octobre, avant la reprise de la trêve.

Les associations de soutien aux locataires précaires comme le Droit au Logement (DAL) ou la Confédération nationale du logement (CNL) confirment une accélération des expulsions avant la trêve et l'attendent avec impatience pour pouvoir souffler.

Des hébergements d'urgence saturés

Elles constatent également une augmentation des sollicitations. Pour Didier Pavageau, secrétaire général du CNL, "Les locataires de mauvaise foi, aujourd'hui, il y en a de moins en moins, les gens sont dans de réelles difficultés, où la fin du mois ne commence plus le 15, mais le 3". Ils "font des choix et préfèrent donner à manger à leurs enfants plutôt que de payer le loyer. Mais quand il y a une dette de loyer, il y a l'arrêt des aides au logement, et c'est l'engrenage". Pourtant, insiste le porte-parole de la Fondation Abbé Pierre, "le logement reste une dépense prioritaire au détriment d'autres dépenses, de santé par exemple. Les gens savent que s'ils le perdent, ce sera extrêmement difficile de se reloger".

Il existe encore des solutions pour accueillir ces expulsés mais "la saturation de l'hébergement d'urgence laisse de plus en plus souvent les ménages expulsés démunis", déplore Patrick Doutreligne. "Certains se retrouvent à la rue, dans des caravanes, des voitures, des squats".

Les associations réclament unanimement l'arrêt définitif des expulsions. Impossible répond Benoist Apparu : "je reste convaincu qu'interdire les expulsions, c'est déresponsabiliser le locataire".

Cette trêve hivernale intervient cette année à six mois de l'élection présidentielle, alors que la Fondation l'Abbé Pierre s'est lancée le 22 septembre dernier dans une vaste campagne nationale pour "exiger" que les candidats "s'engagent" à faire de la question du logement "une priorité", et à mener s'ils sont élus, une politique "ambitieuse" pour en "finir avec la crise du logement".

Camille Labrousse, avec agences

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