Plus de la moitié des personnes LGBT ont déjà été agressées au cours de leur vie, selon une enquête

La Marche des fiertés, à Paris, le 30 juin 2018.
La Marche des fiertés, à Paris, le 30 juin 2018. (JAN SCHMIDT-WHITLEY / LE PICTORI / MAXPPP)

Les actes de violences physiques ont augmenté de 5% en un an, selon une enquête Ifop pour la Fondation Jasmin Roy-Sophie Desmarais, révélée lundi par franceinfo et Le Monde. Elle dresse aussi le profil des agresseurs.

Plus de la moitié des personnes homosexuelles, bisexuelles et transgenres (55%) ont subi une forme d'agression LGBTphobe au cours de leur vie. C'est ce que révèle une enquête Ifop* pour la fondation Jasmin Roy-Sophie Desmarais publiée lundi 13 mai et que franceinfo vous révèle en exclusivité avec Le Monde.

Le nombre de victimes a globalement faiblement augmenté en un an (2%), mais certains types d’agressions enregistrent une hausse significative. Les actes de violences physiques (gifles, coups, bousculades…) ont notamment progressé de cinq points. 7% des personnes LGBT interrogées disent en avoir été la cible au cours de l'année écoulée. Au total, 22% des personnes interrogées disent en avoir été l'objet au cours de leur vie.

Sept personnes LGBT sur dix ont mis en place des "stratégies d'invisibilité"

Près de sept personnes LGBT sur dix (68%) déclarent avoir mis en pratique des "stratégies d'invisibilité" dans leur vie quotidienne pour éviter des agressions. La proportion atteint 85% des personnes ayant été discriminées au moins une fois dans leur vie. Et si on ne considère que les LGBT agressées physiquement au cours des 12 derniers mois, neuf personnes interrogées sur dix (91%) avouent avoir adapté leur comportement quotidien.

Près des deux-tiers des personnes homosexuelles, bisexuelles et transgenres (63%) évitent d'embrasser en public une personne du même sexe. Elles sont 62% à ne pas se tenir la main en public. La moitié des personnes interrogées n'osent pas non plus se montrer à leurs voisins en compagnie d'une personne du même sexe. 28% évitent même de voir certains de leurs proches, amis ou membres de leur famille.

37% d'entre elles évitent certains quartiers

Par peur d'agressions homophobes, les personnes LGBT ont mis également en place des stratégies d'évitement de certains territoires jugés anxiogènes. Un tiers d'entre elles (37%) évitent ainsi de se rendre dans certaines rues ou quartier, c'est trois points de plus qu'il y a un an. 33% tentent également de ne plus partir ou rentrer seules de chez elles. Deux personnes interrogées sur dix (22%) ont également adapté leurs pratiques sportives en évitant certains lieux. Là aussi, la proportion a augmenté de cinq points en un an.

L'enquête révèle également que 16% des personnes interrogées aimeraient quitter leur ville de résidence en raison du climat d’hostilité à l’égard de leur orientation sexuelle. De même, 15% des LGBT actuellement en cours d’étude (collégiens, lycéens, étudiants) souhaiteraient changer d'établissement scolaire pour cette même raison.

Le suicide vu comme une solution

L'enquête met en évidence que la mort apparaît, aux LGBT agressées ou discriminées, comme la meilleure solution à leurs souffrances. 60% des personnes LGBT victimes d’une agression physique récemment admettent avoir pensé à se suicider au cours des douze derniers mois, contre 18% chez les personnes LGBT n’ayant jamais été agressées. La proportion est de 4,7% pour l'ensemble des Français. La moitié des LGBT agressées au cours de l'année (51%) déclarent même avoir fait une tentative de suicide, quand 7,2% des Français affirment avoir déjà tenté de mettre fin à leurs jours.

Les groupes d'hommes jeunes à l'origine de la majorité des agressions

L'enquête s'est intéressée au profil des agresseurs. Ainsi, six victimes sur dix (61%) déclarent avoir été agressées par des personnes qui étaient alors en groupe, mais elles ne sont que 21% à avoir été frappées par plusieurs personnes en même temps. Si l'on devait tracer un portrait-robot de l'agresseur, dans les trois-quarts des cas il s'agit d'un homme (78%), âgé de moins de trente ans (75%). La majorité des agresseurs (53%) ont entre 18 et 30 ans.

Quand on demande aux victimes de décrire spontanément leurs agresseurs, comme elles le feraient pour établir un portrait-robot, elles citent d'abord le sexe (44%), devant les critères physiques (33%). Parmi ces critères, 7% retiennent le caractère "vulgaire et agressif" de leur assaillant. La couleur de peau est retenue par 7% des personnes interrogées, et l'origine géographique ou ethnique par 6%. 41 % des victimes interrogées ne se souviennent plus du profil de leur agresseur.

* L'enquête Ifop pour la fondation Jasmin Roy-Sophie Desmarais, en partenariat avec la fondation Jean-Jaurès et la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah), a été réalisée du 12 au 24 avril 2019, auprès d'un échantillon de 1 229 personnes homosexuelles, bisexuelles et transgenres, extrait d'un échantillon représentatif global de 13 346 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus. Les interviews ont été effectuées par questionnaires auto-administrés en ligne.

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