Lutte contre l'homophobie : une "volonté claire" du gouvernement, mais des mesures "probablement insuffisantes"

FRANCEINFO

Joël Deumier, président de l’association SOS homophobie, salue mercredi sur franceinfo une "volonté claire du gouvernement" pour lutter contre les l'homophobie après une série d'agressions, mais juge que les annonces sont "probablement insuffisantes".

Alors que le gouvernement a présenté mardi des mesures pour lutter contre l'homophobie après une série d'agressions, Joël Deumier, président de l’association SOS homophobie, salue ce mercredi sur franceinfo une "volonté claire du gouvernement" mais juge que les annonces sont "probablement insuffisantes et ne suffiront pas à enrayer cette vague d'homophobie".

franceinfo : Face à l'augmentation du nombre de plaintes, est-ce que les ministres sont à la hauteur ?

Joël Deumier : Déjà il y a une volonté claire du gouvernement de marquer une volonté politique de lutter contre l'homophobie. C'est un bon point parce que ça montre que les pouvoirs publics ont pris conscience [du problème]. Le gouvernement a entendu. Des mesures ont été présentées, elles sont probablement insuffisantes et ne suffiront pas à enrayer cette vague d'homophobie mais pour autant, SOS Homophobie contribuera à une feuille de route qui a été annoncée par Marlène Schiappa.

Parmi les mesures évoquées hier, la ministre de la Justice Nicole Belloubet a proposé de permettre de porter plainte en ligne. Mais cela n'existe pas déjà ?

Aujourd'hui c'est la pré-plainte qui existe. L'officier de police judiciaire traite cette pré-plainte pour en faire une vraie plainte. À partir de l'an prochain et de la future loi justice, cela sera une vraie plainte en ligne où la victime d'homophobie pourra, derrière son écran - a défaut de se rendre au commissariat ce qui peut être désincitatif - elle-même déposer plainte. C'est une mesure qui va dans le bon sens mais qui ne suffira évidemment pas à augmenter le nombre de plaintes parce qu'il y a seulement 8% des personnes homosexuelles qui portent plainte aujourd'hui, et la moitié de ces 8% ce sont des mains courantes qui ne donnent lieu à rien. Donc il faut vraiment inciter les victimes à porter plainte, à parler.

Il est question également d'améliorer la formation des gendarmes et des policiers référents, ceux qui accueillent les personnes qui veulent porter plainte ?

Là aussi c'est une mesure qui va dans le bon sens mais qui sera insuffisante. Ce que nous demandons, nous, c'est la formation initiale obligatoire des policiers, des gendarmes, des magistrats et des professeurs dans les collèges et les lycées parce que ce sont eux qui sont en contact avec les victimes potentielles. Il faut les former à déceler les cas d'homophobie, à connaitre l'homophobie dans ses ressorts pour ensuite mieux le traiter, ne pas le banaliser. Par exemple, dans une classe, il faut identifier les cas d'homophobie. Les juges, les magistrats doivent aussi mieux connaitre les cas d'homophobie pour retenir la circonstance aggravante d'homophobie pour les infractions pénales. C'est pareil pour les policiers et les gendarmes, pour offrir un meilleur accueil aux personnes homosexuelles quand on vient porter plainte.

Est-ce qu'il ne manquait pas autour de cette table hier soir à SOS homophobie le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer ?

Tout à fait, vous avez parfaitement raison. Le ministre de l'Éducation nationale manquait à la table hier soir. Nous espérons que dans les prochains jours, les prochaines semaines, il va annoncer à son tour des mesures concrètes sur l'éducation pour mieux lutter contre l'homophobie en milieu scolaire. Je rappelle que le taux de suicide chez les jeunes LGBT est entre quatre et seize fois plus élevé que dans le reste de la population, à cause de l'homophobie, à cause du fait que "pédé" reste la première insulte prononcée dans les cours de récréation aujourd'hui. Cette insulte banalise l'homophobie, elle la légitime et elle incite les jeunes générations à la nourrir. Donc il faut des mesures dans l'éducation. On pense que le ministre va annoncer cela lors de la journée sur le harcèlement scolaire.

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