Homophobie dans les stades de foot : on vous résume la polémique autour des interruptions de matchs

Le 28 août 2019, lors de la rencontre Nice-OM, une banderole \"OM : supporter un club LGBT pour lutter contre l\'homophobie\", brandie par les supporters du club niçois.
Le 28 août 2019, lors de la rencontre Nice-OM, une banderole "OM : supporter un club LGBT pour lutter contre l'homophobie", brandie par les supporters du club niçois. (VALERY HACHE / AFP)

Après plusieurs interruptions de matchs cette année successives à des manifestations homophobes, le président de la Fédération française de football a annoncé qu'il demanderait aux arbitres de laisser se poursuivre les rencontres, en dépit des préconisations du gouvernement.

La pression des supporters aurait-elle finalement payé ? Serait-on passé d’une forme de déni à un excessif interventionnisme ? Ces interrogations sont relancées brutalement par l’intervention sur franceinfo mardi 10 août de Noël Le Graët, le président de la Fédération françaises de football, lequel demande une nouvelle fois aux arbitres de ne plus arrêter de matchs lorsque surviennent des manifestations homophobes dans les stades. La semaine passée, l’homme s’était déjà opposé à ces arrêts de matchs, pourtant défendus notamment par le président de la République et la ministre des Sports. Le bras-de-fer entre politiques et instances du football en six actes.

Acte 1 : la ministre des Sports souhaite "des pénalités" pour les clubs

Le 26 mars, la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, dénonce l'attitude parfois "inadmissible" de certains supporters dans les stades de football et se prononce en faveur de "pénalités" pour les clubs. "J'ai été à Paris-Marseille [PSG-OM] la dernière fois [le 23 mars NDLR}, raconte la ministre. Il n'y avait pas de cris racistes mais c'était juste inadmissible d'entendre les chants que j'ai entendus." "C'était le PSG qui criait contre Marseille, et au lieu d'encourager son équipe ils disaient des choses horribles sur Marseille, poursuit-elle. Apparemment c'est historique mais ce n'est juste pas possible. Moi je n'amènerais pas mes enfants dans un match comme cela."

Roxana Maracineanu encourage "fortement" la Ligue de football professionnelle pour qu'il y ait des "pénalités" et que les clubs deviennent "plus responsables". Lors du dernier clasico "PSG-OM" au Parc des Princes, des supporters parisiens avaient assimilé les Marseillais à "des rats", des "pédés" ou des "enc..".

Acte 2 : embarrassée, la Ligue de football professionnel évoque du "folklore"

Jusqu’ici bien silencieuse, la Ligue de football professionnel, timide dans ses efforts pour lutter contre l’homophobie, s’exprime le même 26 mars par la voix de sa présidente, Nathalie Boy de la Tour, qui évoque, en réaction aux propos de la ministre des Sports, du "folklore". "C’est le folklore, le folklore du foot […] Ils font partie de l’expression d’une ferveur populaire qu’il faut prendre comme telle", avance-t-elle dans les colonnes du Parisien, avant de regretter des propos "mal compris", sur les "habitudes de certains supporters".

Acte 3 : Roxana Maracineanu insiste sur "la possibilité d'interrompre les matches"

Une enquête est ouverte après des chants à caractère homophobe lors d'un match de Ligue 2 entre Lens et Valenciennes le 12 avril. "Dès qu'il y aura un signalement, les préfets vont être engagés pour porter plainte", annonce Roxana Maracineanu. Elle rappelle en outre que les arbitres avaient la "possibilité d'interrompre les matches" en cas d'incidents homophobes dans les stades, au même titre que pour des actes racistes. "Il y a une procédure d'arrêt des matchs au sein de la Ligue où par exemple l'homophobie n'est pas explicitement indiquée, donc il y a une action et une explication de texte à avoir avec les arbitres", explique-t-elle à la presse après un rendez-vous avec le président de la Fédération française de football Noël Le Graët sur le sujet.

Acte 4 : Emmanuel Macron "totalement favorable" à l’arrêt des matchs

"Je suis totalement favorable" à l’arrêt des matchs, indique le 7 juillet le président de la République depuis le stade de Lyon, avant la finale de la Coupe du monde féminine de football entre les Etats-Unis et les Pays-Bas. "On ne peut pas s'habituer au racisme et à l'homophobie, sous prétexte qu'on soit dans un stade de football, poursuit Emmanuel Macron sur franceinfo. Il n'y a aucun sport dont l'ADN, les racines, l'esprit, c'est le discours de haine." "On se bat partout dans la société contre l'homophobie et le racisme, et on l'accepterait dans le sport ?", questionne alors le président.

franceinfo/radiofrance

Acte 5 : la ministre des Sports renvoie la balle à la FFF et la LFP

"Je suis heureuse que les arbitres aient pris leurs responsabilités pour arrêter le match", réagit Roxana Maracineanu le 29 août sur France Bleu Loire Océan, après que la rencontre Nice-Marseille a été interrompue la veille douze minutes à cause de la présence de banderoles jugées homophobes dans les tribunes. "Ce n'est pas à moi de trouver des solutions", ajoute-t-elle. "C'est à la fédération française de football et à la ligue de football professionnel de prendre leurs responsabilités, de venir discuter avec nous et avec les supporteurs." 

Acte 6 : le patron du football français farouchement contre l’arrêt des matchs

Le 6 septembre 2019, Noël Le Graët, proteste contre la hausse des interruptions de matches pour lutter contre les injures homophobes dans les tribunes, en prévenant qu'il ne donnerait pas d'instructions en ce sens et en taclant les ministres en charge du dossier. Depuis la mi-août, quatre matchs de foot ont en effet été interrompus par les arbitres, alors que les supporters reprenaient des chants homophobes. Le 25 août, par exemple, la rencontre Nice-OM a été interrompue par l’arbitre neuf minutes. Lors du match, des supporteurs avaient déroulé des banderoles telles que "Bienvenue au groupe Ineos : à Nice aussi on aime la pédale" ou "LFP/Instance : des parcages pleins pour des stades plus gays." "Je trouve qu'on arrête trop de matchs, s’indigne sur franceinfo Noël Le Graët. Cela fait plaisir à certains ministres, mais moi, ça me gêne. Le football ne peut pas être pris en otage pour des propos vulgaires."

L’homme persiste et signe le 10 septembre. "Je n'arrêterai pas les matchs, je suis contre totalement", déclare ainsi le président de la Fédération française de football, qui indique que l’arrêt des matchs ne "l’intéresse pas" et qu’il donnera des consignes aux arbitres pour qu’ils n’interrompent plus les matchs. Sa position est, dit-il,différente "pour une bagarre, pour des incidents s'il y a un danger dans les tribunes", ou pour des cris racistes, pour lesquels il assure qu’il fera, alors, interrompre la rencontre.

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