Homophobie dans le football : "On navigue à vue et on se borne à dire que les supporters sont homophobes", déplore un de leurs avocats

Une banderole déployée lors du match Nice-Marseille, le 29 août, qui a été interrompu pour des chants homophobes.
Une banderole déployée lors du match Nice-Marseille, le 29 août, qui a été interrompu pour des chants homophobes. (MEIFFRET - OTTONELLO / MAXPPP)

Pierre Barthélémy, avocat de supporters, réagit sur franceinfo mercredi à l'interruption  de plusieurs rencontres pour des insultes ou chants à caractère homophobe depuis le début de la saison.

"On n'a toujours pas défini ce qui était autorisé ou non, ce qui était à caractère homophobe ou non", a déclaré mercredi 28 août dans la soirée sur franceinfo Pierre Barthélémy, avocat de supporters, alors que plusieurs rencontres ont été interrompues pour des insultes ou chants à caractère homophobe depuis le début de la saison. "On est pris au piège dans la manière dont sont utilisées ces mesures liberticides", a-t-il concédé.

franceinfo : Quelle est votre réaction face à ces interruptions ?

Pierre Barthélémy : Selon les matchs, on voit bien que des chants ou des banderoles au contenu exactement similaire donnent lieu à des réactions différentes et des interruptions ou non. Cela nous conduit à un péché originel : on n'a toujours pas défini ce qui était autorisé ou non, ce qui était à caractère homophobe ou non. On navigue à vue et on se borne à dire que les supporters sont homophobes, ce qui est grave. On n'a pas posé les bases initiales qui permettent d'appréhender les chants autorisés, les chants interdits et donc les réactions que doivent avoir les arbitres, les délégués ou la commission de discipline.

Le cadre juridique n'existe pas selon vous ?

Dans le droit pénal, ce qui est interdit, c'est d'invectiver un groupe de personnes à raison de son orientation sexuelle. Mais là ce n'est pas le cas, les chants en question ne visent pas l'orientation sexuelle d'une personne en particulier. En général, le chant concerne la Ligue de football. On voit bien qu'on n'est pas dans l'infraction, le délit de propos à caractère homophobe. Dans le règlement des instances sportives, des sanctions peuvent être prononcées contre les clubs, et pas contre les supporters, dès lors qu'il y a des comportements dangereux ou des discours à caractère injurieux, racistes ou homophobes.

Les interdictions de déplacement se multiplient aussi. La ministre des Sports a promis d'engager des discussions pour régler cette situation. Ces arrêtés, vous les attaquez. Est-ce que vous avez raison ?

Oui, nous en sommes convaincus. C'est une atteinte grave à la liberté d'aller et venir des citoyens français qui paient des impôts pour se déplacer. Il y a aussi un caractère très collectif dans ces mesures qui peuvent être qualifiées de mesures de punition collective pour le comportement de quelques personnes. On est dans une atteinte très grave aux droits fondamentaux de citoyens. En justice, c'est très compliqué parce que les arrêtés de restriction de déplacement sont pris souvent 24 heures ou 48 heures avant le match. Aucun juge ne peut, dans un délai si court, non seulement maîtriser le dossier de fond en comble et obtenir tous les éléments pour prendre sa décision, mais en plus dire à un préfet quelques heures avant le match qu'il va être obligé d'accueillir des milliers de personnes sans s'y être préparé. On est pris au piège dans la manière dont sont utilisées ces mesures liberticides.

Vous êtes à nouveau en ligne