"L'agriculture est un métier moderne"

Jean-Luc Poulain
Jean-Luc Poulain (© France)

Jean-Luc Poulain, président du Salon de l'Agriculture cette année. Entretien

Jean-Luc Poulain, président du Salon de l'Agriculture cette année. EntretienJean-Luc Poulain, président du Salon de l'Agriculture cette année. Entretien

Eco-croissance, nouvelles technologies, emploi, Jean-Luc Poulain espère "faire découvrir au public les réalités du métier", en déficit d'image.

"Agriculteur c'est un métier moderne et généraliste qui comprend des activités très différentes."

Hormis la présentation de nouvelles races d'animaux, à quoi sert le Salon de l'Agriculture ?
Le Salon a trois fonctions. D'abord c'est un outil de communication entre les campagnes et les villes, ainsi qu'entre organisations agricoles professionnelles. C'est ensuite une vitrine de la génétique française et de nos produits culinaires. Enfin, par le biais des concours généraux produits et animaux, le Salon indique une certaine tendance.

Dans votre édito de présentation du Salon vous annoncé qu'"une large place sera réservée aux bonnes pratiques agricoles (...) à haute valeur environnementale", c'est-à-dire?
Prenons un exemple. La betterave. Son rendement a doublé avec moins de produits pytto-sanitaires (produits de la famille des pesticides employés pour soigner les végétaux, ndlr) et d'intrants (énergie, engrais, aliments du bétail, ndlr), car leurs prix s'est envolé entre 2007 et 2008 au sein de l'UE. C'est ça produire plu et produire mieux.

S'il existe de bonnes pratiques agricoles, c'est qu'il y en a également de mauvaises, lesquelles ?
Depuis 1992 et la forte baisse des prix agricoles imposée par la Politique agricole commune (politique européenne pour l'agriculture, PAC, ndlr), les agriculteurs ont levé le pied sur l'agriculture intensive. La réglementation européenne et les contrôles qu'elle impose empêche les mauvaises pratiques agricoles. La science qui cherchait seulement comment produire plus, s'est enfin penchée sur comment produire mieux. C'est ce que j'appelle produire plus et mieux. L'exemple de la betterave est en ce sens éloquent.
Quant aux pratiques agricoles on peut les classer selon 4 volets. Premièrement, le Bio. Une agriculture qui s'abstient de tout intrant chimique. Deuxièmement, l'agriculture intégrée. Elle tente de tout faire pour ne pas utiliser de pesticides. Exemple, on ne sème pas de blé avant le 15 octobre sinon on a plus de chances de maladies même si le rendement est moindre. Vient ensuite l'agriculture dite raisonnée. L'agriculteur essaye de prendre toutes les mesures pour limiter les risques liés à l'environnement.

Ah bon, il ne fait qu'essayer ?
Euh non, il est obligé. Il n'essaye pas, il est obligé. Et enfin il y a l'agriculture conventionnelle. Celle-ci ne répond pas à tous les points du cahier des charges de l'agriculture raisonnée.

Les quatre volets de l'agriculture que vous présentez est donc un classement qualitatif ?
Non. C'est simplement qu'elles répondent à des critères différents, compliqués, auxquels les agriculteurs ne font pas toujours le choix de répondre car ces appellations n'augmentent pas le prix de leurs produits. Il n'empêche que tous y sont tenus et des contrôles sont faits pour s'en assurer. S'ils ne respectent pas la réglementation européenne obligatoire, les agriculteurs sont sanctionnés et c'est la mort.

Mais s'ils ne sont pas contrôlés ?
Dans ma région de l'Oise, je n'en ai connu que deux et ils ne travaillent plus. Et je ne pense pas que la situation soit différente dans le reste de la France.

Toujours dans votre édito vous dites: "Cultiver et élever sont devenues des activités hyper modernes qui font appel à des technologies et techniques hyper sophistiquées", c'est-à-dire ?
Il faut redonner une image moderne à l'agriculture, son image réelle et non celle transmise par les médias. Notamment l'un de vos concurrents avec son émission de télé-réalité. Le métier a complètement changé en 25 ans. C'est un travail très réglementé depuis 1992. L'informatique est très présente dans ce métier. L'agriculteur tape ce qu'il fait durant la journée sur son agenda électronique puis il le connecte et archive son travail sur ordinateur. Cela lui permet d'être très rigoureux dans ses comptes, pour les contrôles notamment. D'autre part la technologie permet de mieux cerner les besoins des plantes et des animaux. Pour le blé par exemple, des appareils nous disent si le blé a faim ou non et dans quelle proportion. Les OGM sont également une technologie qui se développe en permanence.

Ne sont-ils pas dangereux justement ?
Aux Etats-Unis tout est OGM et je ne vois pas où est le risque. Je ne me bats pas pour ça en France car le débat est tronqué. Ici tout le monde se fixe sur (Entreprise américaine de chimie. La culture de son maïs transgénique a été suspendue en France en 2008, ndlr) mais il y en a d'autres. En Asie par exemple on utilise des OGM pour lutter contre le rachitisme. Le problème en France c'est que l'on supprime la recherche sur les OGM. Il n'existe donc pas de contrepoids à Monsanto. Il faut laisser les chercheurs faire leur travail.

Que peut-on faire pour éviter de nouvelles crises alimentaires comme celles de 2008 ?
Aujourd'hui le monde est en crise à cause du libéralisme. Pour l'agriculture c'est pareil. Aucun prix n'est fixé. Chaque année le monde ne dispose que de six semaines de stock de céréales sur 52. Si 12% ne sont pas semés, c'est la crise alimentaire tout de suite. On joue vraiment avec le feu. On paye l'erreur de 1994 qui consiste à traiter l'alimentation comme des biens de consommation courante. Le problème évident c'est qu'on ne peut pas freiner ou accélérer la production agricole. Il y a des cycles à respecter. En plus de cela, on retire tous les filets de sécurité. Il n'y a plus d'encadrement des prix. Ni en haut, ni en bas. Il faut que l'agriculteur puisse gagner sa vie et que le consommateur ne meurt pas de faim. Mais la Commission européenne ne veut plus stocker, elle préfère laisser faire le marché. La libéralisation excessive entraînera des catastrophes d'ici 20 ans.

Qu'en est-il de l'Emploi en agriculture ?
Nous souffrons d'un déficit d'image. Pour les gens c'est sale et ringard. Pourtant ce sont des métiers multi facettes modernes qui comprennent des activités très différentes: maçonnerie, électricité, mécanique, comptabilité, réflexion et qui offre une certaine indépendance et un contact avec la nature. On a besoin de jeunes! L'alternance est une solution pour eux. 30% du SMIC annuel à 16 ans, c'est formidable. Je peux vous dire que de tous ceux que j'ai formé, aucun n'est resté sur le carreau.

Qu'attendez-vous de ce Salon 2009 ?
Que le public puisse découvrir les réalités de l'évolution du métier, des méthodes de production et qu'on puisse discuter. J'attends de la pensée et de la contradiction constructives.

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