Une juge française veut ouvrir les portes de Guantanamo pour une enquête

\"Personnes en détention - Gardez le silence\". Message affiché à l\'entrée d\'un des camps de la prison américaine de Guantanamo (Cuba), photographié le 23 octobre 2010.
"Personnes en détention - Gardez le silence". Message affiché à l'entrée d'un des camps de la prison américaine de Guantanamo (Cuba), photographié le 23 octobre 2010. (VIRGINIE MONTENT / AFP)

La juge d'instruction Sophie Clément enquête sur des accusations de torture et d'actes de barbarie après une plainte de trois ex-détenus français. Elle demande à l'administration américaine de la laisser se rendre sur place.

Elle veut ouvrir les portes d'une des prisons les plus secrètes du monde. Une juge d'instruction française a demandé aux Etats-Unis à pouvoir se rendre sur la base américaine de Cuba pour enquêter sur d'éventuelles tortures commises lors de la détention de trois Français, qui ont porté plainte. Dans sa commission rogatoire internationale (CRI) du 2 janvier 2012, la juge Sophie Clément demande à pouvoir "procéder à toutes constatations matérielles utiles sur la base américaine de la baie de Guantanamo".

Les trois plaignants français - Mourad Benchellali, Nizar Sassi et Khaled Ben Mustapha - ont été arrêtés fin 2001 à la frontière afghano-pakistanaise et envoyés vers le camp américain de Cuba ouvert il y a dix ans. Ils sont revenus dans l'Hexagone en 2004 et 2005. Dans sa CRI, la juge demande aux autorités américaines "de nous permettre de prendre connaissance et de prendre copie de tous les documents détenus" par les autorités concernant les trois hommes.

Une demande "sans précédent"

Elle souhaite en particulier avoir accès aux documents "relatifs aux conditions de leur arrestation, de leur transfert et de leur détention dans un camp militaire à Kandahar [Afghanistan], puis de leur transfert et de leur détention sur la base américaine de Guantanamo".

Pour MWilliam Bourdon, avocat de deux des ex-détenus, la demande de la juge aux Américains est "sans précédent et doit permettre d'identifier les responsables de cette séquestration arbitraire et des tortures commises". L'avocat rappelle que "l'administration américaine doit respecter ses obligations internationales et ce en écho avec les déclarations du président Obama qui avait déclaré vouloir fermer Guantanamo et faire cesser la torture".

A leur retour en France, les trois plaignants avaient effectué entre onze et dix-sept mois de détention. Ils ont été condamnés à un an de prison ferme pour terrorisme en 2011, mais ont annoncé vouloir se pourvoir en cassation. Dans sa demande d'enquête, la juge Clément détaille les dénonciations des trois hommes, qui lui ont relaté coups, humiliations et privations, à la fois lors de leur détention à Kandahar où ils ont été remis aux forces américaines et lors de leur séjour à Guantanamo.

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