Un père et son fils retrouvés carbonisés : son avocate avait alerté sur "une situation de détresse psychique intense"

Villeparois, en Haute-Saône.
Villeparois, en Haute-Saône. (CAPTURE D'ÉCRAN GOOGLE MAPS)

Le corps du père et de son fils de 9 ans ont été découverts carbonisés près de Vesoul, en Haute-Saône, lundi 24 juin, le jour où l'enfant devait être placé en foyer. L'avocate du père avait prévenu la justice que cette décision de placement lui faisait "craindre une issue tragique".

Les avocats Marie Grimaud et Rodolphe Costantino ont estimé sur franceinfo mercredi 26 juin que la justice porte une responsabilité dans le probable suicide d'un père, qui s'est immolé lundi 24 juin au matin avec son fils de neuf ans à Villeparois, près de Vesoul en Haute Saône.

L'autopsie des deux corps calcinés devait être pratiquée mercredi pour confirmer l'identité des deux victimes. Pour l'instant, une enquête est ouverte pour homicide volontaire. Et pour ces avocats, ce drame n'est ni un fait-divers ni un drame familial mais l'histoire d'un homme fragile psychologiquement.

Ce père de 47 ans avait la garde exclusive de son fils depuis 2015. À cette époque, Hervé s'est séparé de la mère de son enfant et elle a obtenu un droit de visite de deux heures par mois, au sein d'une association. La procédure de divorce est d'ailleurs toujours en cours.

Un placement ordonné "au motif que ce père avait un lien trop fusionnel avec son enfant"

Hervé était un notable, directeur de la société d'aménagement foncier de Haute-Saône. Il n'a jamais eu de démêlés avec la justice, jusqu'au mois dernier. Un juge des enfants a été désigné il y a un an car les services sociaux réclamaient une mesure d'assistance éducative pour la mère du petit garçon. L'enquête sociale a été élargie au père.

Le 23 mai dernier, au lendemain d'une audience avec la juge des enfants, Marie Grimaud, son avocate, reçoit un mail de la magistrate : l'enfant doit être placé en famille d'accueil alors, dit-elle, qu'il n'y a aucun danger imminent pour le garçon de neuf ans.

"Le placement a été ordonné au motif que ce père avait un lien trop fusionnel avec son enfant et qu'il n'était pas capable de mettre des frustrations dans la vie de son enfant, explique Maître Marie Grimaud. Et ce qui est plus terrible dans ce dossier, c'est que ce petit garçon était le clone physique de son père et que même ça on en fait reproche et on s'en sert pour dire que l'enfant n'était pas individualisé par rapport au père. Donc ce drame n'est pas l'oeuvre d'un fou, n'est pas un fait-divers, n'est pas un drame familial mais un drame institutionnel."

Des responsabilités, à mon sens, il y en a.Maître Marie Grimaudà franceinfo

"J'estime avoir créé toutes les alertes et les mots adéquats pour que des réactions puissent intervenir. Cette violence-là, je l'ai vécue lundi et j'espère ne pas la revivre dans d'autres dossiers parce que d'autres dossiers à l'issue possiblement tragique, nous en avons beaucoup", s'inquiète l'avocat du père de famille.

Une détresse psychologique intense

Si Marie Grimaud évoque un "drame institutionnel", c'est parce qu'elle a adressé plusieurs mails à la juge des enfants pour l'alerter sur les conséquences possiblement tragiques de sa décision. Depuis un mois, l'avocate avait Hervé quasiment tous les jours au téléphone, elle voyait cet homme et son fils dans une détresse psychologique intense, dans l'attente de ce placement.

L\'un des courriers de Maître Marie Grimaud à la juge des enfants pour l\'alerter sur les conséquences possiblement tragiques de sa décision.
L'un des courriers de Maître Marie Grimaud à la juge des enfants pour l'alerter sur les conséquences possiblement tragiques de sa décision. (DR)

Sans réponse de la magistrate, elle a également écrit jeudi [20 juin] à la présidente du tribunal de Vesoul, avec ces mots prémonitoires à la fin de son mail "dans l'espoir de votre intervention dans cette situation qui fait craindre une issue tragique...". La présidente a répondu un laconique "ce n'est pas dans mon champ de compétence".

Une issue tragique le lundi matin

C'est le lundi 24 juin, à 8 heures et demi, que les services sociaux devaient venir chercher le petit garçon pour le placer dans une famille d'accueil. La veille, Hervé avait invité sa compagne et sa mère à aller se promener avec son fils. Et tôt lundi, il a emmené son fils en voiture au bout du village, dans une zone boisée. C'est là que leurs deux corps ont été retrouvés carbonisés.

Hervé a laissé une lettre manuscrite à son avocate, avec son testament, pour lui demander d'exécuter ses volontés funéraires. Pour Marie Grimaud, ce drame est le symbole paroxystique des placements abusifs. Le secrétaire d'État à la protection de l'enfance se dit d'ailleurs favorable à ce que le juge des enfants ne prenne pas sa décision seule mais en collégialité. "On disait autrefois que le juge d'instruction est l'homme le plus puissant de France, indique Me Costantino. Je crois qu'aujourd'hui le juge des enfants est l'homme le plus puissant de France puisqu'il a cette faculté de détruire littéralement des familles."  "Il y a deux problème majeurs dans l'assistance éducative actuellement, indique Céline Parisot, secrétaire générale de l'union syndicale des magistrats. Les juges des enfants sont en effet surchargés de dossiers, et doivent prendre des décisions avec une rapidité qui est difficilement conciliable avec l'intérêt de l'enfant."

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