Un casting "hors normes"

Jean-Louis Gergorin, ex vice-président d'EADS et Imad Lahoud, mathématicien sont au centre de l'affaire

Jean-Louis Gergorin, ex vice-président d'EADS et Imad Lahoud, mathématicien sont au centre de l'affaireJean-Louis Gergorin, ex vice-président d'EADS et Imad Lahoud, mathématicien sont au centre de l'affaire

A l'origine de la manipulation, les deux hommes s'accusent mutuellement de la falsification de fichiers bancaires ayant abouti à compromettre l'actuel chef de l'Etat.

"Cerise sur le gateau", l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin aurait eu connaissance de ces faux listings. Les magistrats ont un mois pour tenter d'établir la vérité.

Enarque, polytechnicien de 63 ans et père de quatre enfants, Jean-Louis Gergorin a vu sa carrière brisée par cette affaire alors qu'il était un ponte d'EADS: le groupe aéronautique l'a licencié en juin 2006 et a engagé une procédure judiciaire pour les facilités matérielles qu'il aurait accordées au nom du groupe à Imad Lahoud.

Ancien maître des requêtes au Conseil d'Etat, M. Gergorin a reconnu avoir envoyé à quatre reprises, entre mai et octobre 2004, des listings fournis par Lahoud au juge d'instruction Renaud Van Ruymbeke.

"Dans cette affaire, je ne suis pas le corbeau mais plutôt le pigeon", explique pour sa défense M. Gergorin, qui assure avoir cru jusqu'au bout à la véracité des listings sur lesquels les enquêteurs ont noté la présence de noms illustres.

Obsédé par la théorie des complots, M. Gergorin est convaincu que son ancien patron Jean-Luc Lagardère n'est pas décédé de mort naturelle mais a été assassiné par des oligarques russes.

Un

manipulateur brillant

Soupçonné d'être le faussaire des fichiers Clearstream, Imad Lahoud est un mathématicien ambitieux et volubile décrit par ses adversaires comme ayant une "extraordinaire capacité de manipulation".

Agé de 41 ans, ce Franco-Libanais aux fines lunettes et à l'air bonhomme est diplômé d'une licence de physique, d'un DEA et agrégation de mathématiques. Il a débuté sa carrière comme trader à Londres.

Marié à la fille d'un ancien directeur de cabinet de Jacques Chirac, il a monté avec son beau-père François Heilbronner le fonds d'investissement Volter, dont la faillite l'enverra pendant trois mois en 2002 en détention provisoire.

"Mon gendre a un goût très fort de réussir et d'être considéré. Il peut lui arriver d'embellir la réalité", a dit de lui son beau-père.

Condamné dans deux affaires d'escroquerie, Imad Lahoud est toujours poursuivi dans l'affaire du fonds Volter et dans un dossier d'escroquerie au dépens d'EADS. Il est devenu professeur de mathématiques.

Des seconds rôles qui se disent innocents

Egalement surle banc des prévenus, le journaliste Denis Robert et l'ancien auditeur Florian Bourges qui veulent convaincre qu'ils ne sont que des victimes collatérales dans cette affaire.

Fines lunettes sur un bouc finement taillé, Florian Bourges concède avoir été assez naïf, voire même stupide face à Imad Lahoud. "J'ai été manipulé, mais je n'avais pas de raison de me méfier", confie celui qui, après avoir remis des listings Clearstream à Denis Robert, s'est fait présenter à Imad Lahoud. "Il m'a dit qu'il travaillait pour la DGSE" et faisait "une recherche sur le financement d'Al Qaïda" dont les fonds étaient censés passer par Clearstream.

Impressionné par cet agent secret, le jeune stagiaire autorise le mathématicien à copier sur une clé USB ultra-moderne une série de fichiers clients, ces documents qui atterriront quelques mois plus tard après avoir été falsifiés et de manière anonyme, sur le bureau du juge Renaud van Ruymbeke.

Premier pourfendeur de la chambre de compensation luxembourgeoise Clearstream, qu'il accuse d'avoir blanchi de l'argent sale, Denis Robert, 51 ans, est un journaliste souvent qualifié d'opiniâtre et courageux.

Une kyrielle de notables

Au côté de Nicolas Sarkozy, une quarantaine de parties civiles sont représentées, qui figuraient également sur les listings. Parmi eux on trouve les anciens ministres socialistes Jean-Pierre Chevènement et Laurent Fabius, le président du CSA Dominique Baudis, le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux, le sénateur des Hauts-de-Seine Charles Pasqua ou le président du FMI Dominique Strauss-Kahn, et aussi des magistrats, des journalistes, des industriels.

Le casting est tout aussi exceptionnel du côté des témoins avec notamment le juge van Ruymbeke, l'ancien directeur des RG Yves Bertrand, l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, l'ancien directeur de la DST Pierre Bousquet de Florian, mais surtout le général Philippe Rondot, l'un des premiers à avoir douté de la fiabilité des listings. Saisis au cours de l'enquête, ses carnets sont au centre de la procédure.

Enfin, une cinquantaine d'avocats, dont les plus renommés de la place de Paris, devraient ferrailler jusqu'à tard le soir dans cette même salle d'audience où, le 16 octobre 1793, le tribunal révolutionnaire condamna Marie-Antoinette.