Trois djihadistes présumés jugés à Paris : "C'était dans le guide du routard"

(Les trois djihadistes présumés sont jugés en correctionnelle à Paris © Radio France)

Le procès de trois djihadistes présumés s’est ouvert jeudi après-midi, devant la 16e chambre du Tribunal correctionnel de Paris. Ces trois jeunes Français avaient été arrêtés au Pakistan, en 2012, avec le Franco-Algérien Naamen Meziche, considéré comme un cadre d’Al-Qaïda.

Mehdi Hammami, 27 ans, cheveux noirs séparés par une raie et tirés en queue de cheval, porte une petite barbe. Grégory Boudrioua, 30 ans, a une barbe brune plus longue. Mohamed El Hafiani, 31 ans, de petites lunettes fines, des épaules carrées, le crâne et le menton rasé. Les deux premiers se sont rencontrés dans un bus scolaire, à l’époque du collège et du lycée. Le troisième a fait connaissance des deux autres dans une mosquée d’Orléans, en 2011.

Le 8 décembre 2011, ces trois jeunes pères de famille ont brusquement quitté la France pour le Pakistan, laissant chacun leurs femmes respectives enceintes d’un deuxième ou d’un troisième enfant. Depuis hier, ils comparaissent tous les trois dans le même box des prévenus, jugés devant le Tribunal correctionnel de Paris pour "association de malfaiteurs en vue de préparer des actes terroristes".

Début d'une pratique religieuse "au sein de l'armée française"

Le président commence par interroger Mehdi Hammami, grand, athlétique, de grands yeux écarquillés. Hammami explique leur projet de voyage pour Lahore, au Pakistan. "Nous sommes partis dans un but spirituel, pour intégrer une école coranique du mouvement Tabligh ". "Vous êtes musulman depuis toujours ? ", interroge le président du tribunal.

"Aucun de mes parents, divorcés, n’était pratiquant. L’islam, j’y suis venu à l’adolescence. Je me suis lancé dans une pratique religieuse au sein de l’armée française ", raconte Hammami.

Hammami a été tireur de précision entre 2005 et 2010, et a fini par renoncer à son régiment, car il refusait "d’aller tuer des musulmans en Afghanistan ". 

 Le président lui demande pourquoi il a ensuite conservé dans son ordinateur des documents relatifs aux armes et aux explosifs. "Pourquoi fallait-il que je les détruise ? ", réplique le prévenu, qui poursuit le récit de leur périple jusqu’au Pakistan. Les trois djihadistes présumés ont choisi de faire le voyage en voiture, traversant l’Europe, restant bloqués d’abord en Turquie, sans visa adéquat pour poursuivre leur route.

"C'était dans le guide du Routard"

La route se poursuit alors clandestinement, à pied. Jusqu’à Zahedan, en Iran, tout près des frontières pakistanaise et afghane. "Pourquoi Zahedan ? ", s’enquiert le président. "C’était dans le guide du Routard ", répond Grégory Boudriouia, qui lui, s’est converti durant ses études d’économie. "C’est bizarre, car Zahedan, c’est aussi la route des filières pour le djihad armé ", fait remarquer le président.A Zahedan, les trois compères ont été hébergés quatre mois dans une maison où serait passé Naamen Meziche, considéré comme l’un des cadres d’Al-Qaïda. Eux, assurent qu’ils n’ont découvert Meziche que le jour de leur arrestation. Ils ont tous été interpellés dans le même pick-up, peu après le passage de la frontière pakistanaise, à Quetta.

Le procureur leur rappelle que durant leur garde à vue à la DGSI ou dans le bureau du juge antiterroriste Marc Trévidic, ils ont pourtant reconnu que cette maison de Zahedan "pouvait faire penser à Al-Qaïda ". Hammami dit aujourd’hui : "Je ne m’en souviens plus ". El Hafiani conteste : "C’est ce que les policiers ont écrit mais c’est pas ce que j’ai dit ". L’audience reprend vendredi à 14 heures. Ces trois djihadistes présumés risquent jusqu’à 10 ans de prison.