Toulouse. La thèse officielle dans la catastrophe d'AZF remise en cause

L\'usine chimique AZF, située en périphérie de Toulouse, le 22 septembre 2001, au lendemain de l\'explosion.
L'usine chimique AZF, située en périphérie de Toulouse, le 22 septembre 2001, au lendemain de l'explosion. (ERIC CABANIS / AFP)

Selon le journal "Sud-Ouest", l'explosion serait due à une fuite de carburant sur un site voisin.

JUSTICE - Sur son site internet, Sud-Ouest promet dans son édition du mercredi 29 août des révélations remettant "totalement en cause la thèse officielle jusqu'ici admise dans la catastrophe AZF".

Près de onze ans après l'explosion de l'usine toulousaine qui avait tué 31 personnes, le quotidien régional avance qu'une fuite de carburant de fusées, survenue sur un site voisin d'AZF, serait à l'origine de l'explosion. Il s'appuie sur une expertise publiée en exclusivité par le bimestriel Préventique sécurité, édité par une entreprise spécialisée dans le droit du danger et le management du risque. Pour mener ces recherches, Laurent Jacob, polytechnicien et ingénieur retraité de l'armement, a réuni plusieurs experts.

L'explosion de l'usine chimique d'AZF est la plus importante catastrophe industrielle en France depuis la seconde guerre mondiale. Elle a aussi fait 20 800 blessés, d'après les documents judiciaires.

Une première explosion sur le site voisin de la SNPE ?

Le scénario ressemble à un jeu de dominos. Une première explosion se serait produite au sein des installations de la Société nationale des poudres et explosifs (SNPE), voisine d'AZF. En cause, selon les experts, une fuite de 10 tonnes d'ergol, le carburant des fusées, qui serait à l'origine d'une déflagration.

De fortes vibrations auraient à leur tour fait exploser deux bombes héritées de la seconde guerre mondiale. Conséquence ? L'explosion du hangar 221 de l'usine AZF, où était stocké le nitrate d'ammonium. Sud-Ouest précise que les "auteurs [de l'expertise] n'excluent pas, en outre, que la fuite d'ergol puisse être liée à un projet d'attentat".

"Une étrange hypothèse à un mois du jugement" titre La Dépêche du midi, qui s'interroge sur la thèse défendue par la nouvelle expertise. Le quotidien régional rappelle que "pendant les deux procès, les experts et historiens ont bien démontré que pas une bombe, ni allemande, ni anglaise ou américaine n'est tombée dans ce secteur".

De leur côté, le parquet de Toulouse et le juge d'instruction privilégient la thèse selon laquelle l'explosion de l'usine serait due à un mélange de résidus chlorés et de nitrate d'ammonium dans le hangar 221.

Le groupe Préventique est-il indépendant ?

Sud-Ouest fait remarquer que la SNPE "n'a jamais été ciblée par l'instruction judiciaire" car elle est protégée par le secret-défense. Après le 11-Septembre, les renseignements français auraient craint que des terroristes ne s'en prennent au site, dans l'espoir de libérer du phosgène, un gaz utilisé comme arme chimique. Le quotidien ajoute que "quelques heures avant le drame, (…) un inconnu dont le corps a été immédiatement incinéré est mort peu après avoir été grièvement blessé sur le site de la SNPE"

Là encore, La Dépêche du midi reste prudente et rappelle que le groupe Total "a exploré toutes les pistes possibles et imaginables, notamment les pistes terroristes". Coïncidence ? Préventique, qui organise des stages de formation au risque, entretiendrait justement des liens avec Total. Dans le dernier numéro de sa revue, Préventique annonce qu'il va "désormais s'engager dans le projet de développement d'une importante activité de formation" sur le complexe de captage de CO2 de Lacq (Pyrénées-Atlantiques), exploité par Total.

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