Affaire Tariq Ramadan : "Les textos changent tout" selon l'avocat de l'islamologue

FRANCEINFO/RADIOFRANCE

Emmanuel Marsigny, l'avocat de Tariq Ramadan, estime que les SMS échangés entre les plaignantes et son client prouvent que "ces relations étaient souhaitées et consenties"

Tariq Ramadan a finalement reconnu lundi 22 octobre avoir eu des rapports sexuels avec les deux premières femmes qui l'ont accusé de viol. Après un an de dénégations, il a affirmé aux juges d'instruction que ces relations étaient "consenties" comme le démontrent, selon son avocat Emmanuel Marsigny, les SMS dévoilés mardi par franceinfo. "Les textos changent tout" a-t-il affirmé le même jour sur franceinfo en regrettant l'absence de "la moindre vérification quant à la crédibilité des accusations portées contre lui."

franceinfo : Pourquoi ce revirement et pourquoi si tard ?

Emmanuel Marsigny : Lorsque Tariq Ramadan a pris connaissance, fin octobre 2017, des accusations de viols dont il faisait l'objet, il a indiqué à tout le monde qu'il fallait faire confiance à la justice et à la police. Lorsqu'il a été placé en garde à vue, et après ce "Ramadan bashing", il était présenté comme coupable dans les médias, la police avait un a priori et on l'a placé en détention provisoire sans même avoir fait la moindre vérification quant à la crédibilité des accusations portées contre lui. C'était à lui de prouver son innocence. Il s'est retrouvé dans une situation extrêmement complexe pour démontrer la réalité des relations avec les accusatrices, puis il a eu peur. Il a voulu protéger sa vie privée, sa famille, éventuellement son statut d'homme public et il a dû attendre de très nombreux mois que les investigations lui permettent enfin de libérer sa parole. Reconnaissant avoir eu des relations sexuelles, il peut le faire en toute sécurité juridique, puisqu'il est en mesure de démontrer parallèlement que ces relations étaient souhaitées, consenties et qu'il n'y a donc jamais eu viol et que les parties civiles ont menti depuis le début.

Est-ce vous qui l'avez convaincu de changer de version ?

Monsieur Ramadan n'a pas nécessairement besoin de son avocat pour s'en rendre compte. La question n'est pas de savoir si monsieur Ramadan a changé de version ou a enfin pu libérer sa parole. On n'a pas fait de vérification préalablement à la mise en examen et au placement en détention de monsieur Ramadan quant à la crédibilité des accusations portées contre lui. Si on avait fait le travail, réuni les textos échangés, pour vérifier la crédibilité des accusations, jamais nous n'aurions assisté à ce désastre judiciaire et à cette situation dramatique pour monsieur Ramadan.

La presse a révélé le contenu des textos échangés entre Tariq Ramadan et ses accusatrices. Est-ce qu'ils sont accablants pour votre client ?

Si vous prenez des textos sortis de leur contexte vous ne pouvez rien comprendre. Les textos changent tout. Comment peut-on prétendre avoir été violée dans une chambre d'hôtel et avoir frôlé la mort, alors que dans les semaines qui suivent on harcèle monsieur Ramadan pour lui demander de le rejoindre à son domicile pour la faire jouir une fois encore ? Je souhaite que la justice regarde ce qu'elle doit regarder depuis le début, c'est-à-dire la crédibilité des accusations et des accusatrices, ce qui n'a pas été fait. Les seules avancées dans ce dossier l'ont été grâce au travail de la défense.

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